Le pouvoir du mâle n’est pas qu’une vue de l’esprit

Une « construction mentale », la « domination mâle universelle » ? Tu parles !

Françoise Héritier envisageait sa « domination mâle universelle » comme le simple résultat d’une « construction mentale », affirmant que « ce qui a été créé par l'esprit peut être détruit par l'esprit », des mots d’ailleurs repris à son compte par le Président de la République après sa disparition. Pour autant, l’anthropologue et ethnologue était consciente que ses disciplines d’élection la prédisposaient à négliger les fondements physiques de son sujet, en particulier le rôle des hormones dans nos comportements, au risque d’amputer l’humanité de son animalité essentielle. Pour rappel, les neurones liés à l’odorat sont les premiers de nos sens à se développer dans le cerveau du fœtus.

Aussi primitive qu’elle paraisse, la communication hormonale des humains (entre autres mammifères) ne peut être niée, et moins encore quand on découvre 1, en vrac, que l’excès d'hormone du stress altère concrètement le développement cérébral des enfants, que le système immunitaire des mammifères mâles et femelles ne traite pas du tout la douleur de la même façon, ou que la simple présence d'un mâle étranger induit un véritable stress physiologique et non psychosomatique chez les individus, et particulièrement pour la femelle, et même si c’est « son » mâle.

Toujours en vrac, il y a là de quoi réfléchir à deux fois avant de seulement élever la voix en présence d'un enfant, de quoi reconsidérer la validité des recherches passées sur l’animal alors que leurs données peuvent varier selon le sexe du personnel de l’expérimentation, de quoi invalider pour la femelle les résultats obtenus sur le système immunitaire de mâles…

A l’heure, en somme, où l’on se gargarise volontiers de paroles promptes à s’envoler, des données concrètes nous donnent maintenant de quoi réorienter drastiquement nos points de vue dans nombre de domaine. Que le nouveau Conseil scientifique de l'Éducation nationale soit dirigé par Stanislas Dehaene au carrefour pragmatique des sciences cognitives constitue d’ailleurs une reconnaissance de la vanité des idéologies en la matière.

En matière de tempérance des rapports Homme-Femme, aussi, il parait évident que l’on arrivera à rien de solide sans considérer d’abord le facteur anthropologique physique, le mâle et la femelle de l’espèce avant leur sauce culturelle et sociale. Si la présence même d’un homme est un mal qu’aucun mot ne palliera pour une femme, qu’est ce qu’un-e honnête militant-e de la mixité peut en tirer de leçon qui soit valable partout sur Terre ?

Enfin, si Françoise Héritier se permit d’inventer une histoire aussi farfelue que celle de mâles frustrés de ne pouvoir se reproduire sans femme pour expliquer leur domination, voici la mienne sans plus de réflexion :
Les hommes se vengent sur les femmes du stress que la nature fait subir au mâle pour cause de femelle - compétition, rapport hiérarchique… Le sexisme s’entend alors comme le comportement standard d’un mâle humain à l’homéostasie psycho-socio perturbée, normalement adepte du meilleur rapport effort/confort pour survivre et tenir son rang social, et donc toujours avide de bouc-émissaire pour expier à sa place l’indicible ressentiment de quelque situation qui déprécierait son estime de soi, et ainsi « passer sa mauvaise humeur »

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1

Deux individus ne peuvent éprouver d’empathie l’un envers l’autre s’ils ne se connaissent pas. La peur et l'hostilité envers l’étranger sont innées. http://www.cell.com/current-biology/fulltext/S0960-9822(14)01489-4

Inhibition de la douleur sur la souris par Jeffrey MOGIL à McGill University - Montreal
La présence d’un mammifère mâle, et plus précisément son odeur (sécrétions axillaires) induit un stress sur la souris (corticosterone), alors qu’une présence féminine simultanée semble être un facteur limitant. https://www.nature.com/news/male-researchers-stress-out-rodents-1.15106

Different immune cells mediate mechanical pain hypersensitivity in male and female mice

Une trop grande quantité de cortisol interfère sur l'hormone de croissance des neurones et donc sur le bon développement du cerveau. Cette hormone dite « du stress » est sécrété lorsque l'amygdale est activée par la peur, le danger…

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