De l’homosexualité extraterrestre dans la PMA de l’univers

Mon jeune ami, tu m’as tout à l’heure interrogé sur la PMA et l’homosexualité, et je ne peux que saluer ton désir de comprendre ton monde et tes semblables, jusque dans leur déraison. J’ai cependant perçu dans ta question une masse de sous-entendus qui, désolé, m’ont paru banalement stupides et toxiques.

En guise de réponse, je te propose un regard spirituel alternatif, littéralement métaphysique même, un point de vue sur l’homosexualité et la PMA que j’estime paradoxalement plus éclairant que ce qu’en rapportent des sciences humaines hors de ta portée. Je te propose de comprendre comment je m’autorise pourtant à croire que « la sexualité est une variable d’ajustement de la Vie », ce qui réclame un petit voyage initiatique.

Pour me suivre sur le chemin de cette vérité, je te réclamerai quelques efforts d’intelligence comme modeste prix de ton initiation. D’ailleurs, ça commence tout de suite : engage-toi à me lire jusqu’au bout.

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Avant même de penser quoi que ce soit, je m’informe et comprends que l’homosexualité est largement présente dans la nature. Moins commune que l’hétérosexualité, elle est néanmoins banale chez de nombreuses espèces de mammifère, au-delà du seul être humain. L’existence de personnalités sexuelles et affectives variées m’apparait ainsi comme celle de personnes gauchères ou d’une couleur de peau différente de la majorité locale : une manifestation normale de biodiversité humaine.

Que l’activisme « LGBTQ » te déplaise éventuellement relève de la politique.

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Puisqu’il est temps de te déniaiser, commence donc par trouver le recul nécessaire pour voir la forêt que l’arbre te cache. Prends de la hauteur !

Si ce n’est déjà fait, tache de prendre la mesure de ton ignorance, de ce que tu sais et de ce que tu crois savoir. Tu dois aussi apprendre à déconstruire les stéréotypes acquis depuis ta naissance, à te dépouiller de tes préjugés, ces opiniâtres opinions qui t’obscurcissent l’esprit au lieu de l’illuminer, et te condamnent à réagir au présent plutôt qu’à agir ton avenir face à la catastrophe En Marche. C’est pas facile, je sais : "Ai-je vraiment de quoi être fier d’être né ce que je suis né ?" Mais rappelle-toi : si tu te comportes comme un veau, tu finiras à la boucherie.

Et puisque tu apprécies les jeux de mot en français, note l’anagramme réaction / création.

Sur le chemin de ma vérité, tu ne devras pas avoir froid aux yeux, mais prendre conscience des systèmes de pensée qui se disputent ton contrôle. Peut-être croiseras-tu encore une religion, reliquat obsolète d’un âge disparu : jette le bébé, mais filtre l’eau du bain - par exemple, des trucs comme Amour, Liberté, Equité, Solidarité se recyclent à l’infini ! Plus difficile sera de reconnaitre l’emprise pernicieuse du proto-fascisme marchand contemporain, sa logique concentrationnaire, ses aiguillons totalitaires de peur et de surveillance…

Mais cela même compte peu à l’échelle qui est la tienne, car regarde-toi maintenant : Te voila un individu Homo sapiens, un digne représentant de l’ultime espèce encore survivante du genre Homo, et d’ailleurs, une espèce un peu spéciale - elle vient de conquérir sa planète, et, soudain, le sol lui fait défaut…

Félicitations : Tu n’en es peut-être qu’une cellule, mais tu viens de prendre conscience de ton corps tout entier. Tu es l’être humain par excellence, dans toute sa misère et sa splendeur. Tu t’es assez élevé pour regarder du coté de la Vie.

Je me suis trop avancé et tu n’as pas saisi ? Pour t’y aider, pense que de tous les kilogrammes que pèse ton corps, il y en a au moins un constitué des milliards de bactéries qui t’habitent en surface et en profondeur; un monde diversifié que tu influences par ton comportement et qui te façonne en retour, pour le meilleur ou pour le pire.

Vois donc où tu as mis les pieds. Pas moins Homo sapiens que tout à l’heure, tu te sais aujourd'hui vivre sur une planète. Chasseur-cueilleur auparavant, tu vivais l’illusion d'un présent immuable dans un monde infini, où il te suffisait d’un ailleurs pour renouveler tes ressources. Tu te contentais alors du nécessaire au fil des jours, mais, dorénavant sédentaire, tu as pris de l’embonpoint, jusqu’à la présente overdose capitaliste. Et ton arbre n’a plus qu’une branche : où que tu sois, la seule terre qui te reste, c’est celle que tu as sous les pieds. Bienvenue ici et maintenant.

Encore un jeu de mot ? « la seule chose qui ne change pas dans l’univers, c’est le changement ».

Au cours des dernières décennies, l’horizon immense de l’humanité s’est refermé sur nous-même : notre Terre n'est plus qu'un lieu clos, une bulle dans laquelle nos pulsions rebondissent et s’entrechoquent à leur paroxysme, désormais confrontées à la finitude planétaire. Sachant qu’un gaz comprimé s’échauffe au risque d’exploser et que ces explosions parsèment effectivement ton passé 1, l’Homo sapiens réaliste que tu es se découvre « arme de destruction massive », et collectivement menacé d’ex­tinc­tion à court terme, même à sa petite échelle. Par ailleurs, le XXe siècle t'as vacciné: Sans même parler de Shoah, de bombe atomique ou de ce que tu infliges à ta biosphère, tu te sais enclin à chosifier l’autre jusqu’à ne plus y voir qu’un objet.

Exercice de lucidité: tâche donc de poser ce regard sur toi-même.

Mais tu as beau être sans illusion sur ton espèce, la Vie t’impose l’espoir.

Alors revenons en à la Vie : Pour ce que l’on sait aujourd’hui de l’univers, notre planète, Terre, est la seule à supporter la Vie. Pour autant, rien ne s’oppose à ce qu’une autre Vie vive sa vie ailleurs, inconnue dans l'attente d'être découverte. D’où elle peut bien venir de nous intéresse pas pour l’instant. Elle est là, et cela suffit.

Depuis qu’elle est vivante, la planète Terre héberge un foisonnement de créature. Elles vont et viennent, se complexifient et disparaissent parfois, au gré des mutations et des changements de l’environnement qu’elles subissent et provoquent tout à la fois. Et puis, au milieu de la foule du vivant, voilà une espèce qui se distingue brutalement : Alors que les bactéries ont eu des milliards d’années pour occuper tous les milieux, que les dinosaures ont dominé des millions d’années, quelques centaines de milliers seulement suffisent à t’imposer. Champion de la complexité, champion de l’adaptabilité, Homo sapiens court-circuite l'évolution de ses gènes en chargeant sa culture d’emmagasiner sa mémoire. Sa démographie s’est emballée au Néolithique, et il a depuis peu la capacité pratique d’intervenir sur la Vie elle-même, ainsi que celle de sortir de sa biosphère.

Tâche d’imaginer Terre et sa Vie comme un seul et même être vivant. C'est la partie spirituelle de l’exercice mais il n'est pas difficile d’y croire : Les mythes abondent pour donner un esprit au corps-constitué de la Nature, et je ne serais pas surpris que tu mettes parfois, toi aussi, une majuscule à ce mot.

Ainsi se dessine grossièrement une personne à ton image, dont la planète serait le corps et la Vie l’esprit. Une espèce de déesse… D’ailleurs, dans le fond de culture grecque qui m’imbibe, Gaïa et Ouranos enlacés, la terre et le ciel copulant infiniment..., ça résonne tout autant qu’une Pachamama à la mode.

Tu te demandes peut-être où sont passées l’homosexualité et la PMA dans tout cela, mais je ne peux pas encore te répondre. Pourtant, on en est tout proche.

Comme tout organisme vivant, celui-ci doit assurer l'équilibre de son propre fonctionnement, sa préservation et sa pérennité. Ce n’est que ça, la vie d’un individu pour l’espèce : survivre pour se multiplier. Bouffer et proliférer…

Jusqu'à présent, du moins, la Vie sur Terre a été préservée, y compris la tienne. Mais qu’en est-il de sa pérennité ? La Vie ferait-elle des petits ?

Ce serait dans sa nature, après tout… ou avant tout ?

Tu as déjà remarqué que s’il y a un individu, il doit y en avoir deux, trois… La Vie ne serait donc pas unique mais multiple, avec plusieurs individus, et c’est bien ce qu’estiment les scientifiques qui en cherchent des traces dans l’univers. Ce n'est donc pas un cas isolé que tu as « découvert », mais une sorte de super-espèce !

C’est quoi cette bestiole ? Quel genre de chose peut bien être une planète vivante ? Et si elle était consciente ? Et que signifie « se reproduire » pour une planète-Vie ?… Les questions se bousculent peut-être, mais garde ton calme et suis moi de près.

De mon point de vue anthropocentrique, je me dis que Terre est enceinte, et que sa Vie s’apprête à se reproduire parce que, entre toutes ses espèces, Homo lui fabrique de quoi essaimer vers les étoiles.

On n’y est certes pas encore, mais du moins peut-on penser l’inconcevable d’hier. D’ailleurs, rien ne dit qu’Homo serait à bord.

Postulons même que c'est fait, et que les scientifiques terrestres ont effectivement trouvé une Vie ailleurs qu’ici. Qu'est-ce qu'on fait ? Pour tenter une réponse, inversons la situation : tu n’es plus Homo, mais quelque explorateur extraterrestre découvrant notre planète, entre tant d’autres. Tu observes que la technologie des hommes leur interdit encore l’accès aux étoiles et qu’ils ignorent ton existence. Tu vois aussi qu’ils s’ingénient à s’entre-tuer et à détruire leur biosphère, bien que chacun d’eux disposent d’une conscience, un attribut qui leur permet d’anticiper leur propre mort et plus généralement, les conséquences de leurs actes. Est-ce que tu vas vraiment leur parler des joies de la navigation interstellaire, au risque qu'ils s'invitent demain chez toi pour foutre le bordel ? Au mieux, si tu restes bienveillant envers cette dangereuse espèce, tu t'abstiendras plutôt de prendre contact, jusqu'à ce qu'elle soit moins turbulente.

Tu vois donc que Vie n'en était sans doute pas à son coup d’essai avec Terre. Il pourrait y avoir eu quantité de cas semblables qui se seraient déjà présentés à elle, avec des espèces mal-embouchées qui ne quittent leur sol que pour mettre le bazar ailleurs, et telle que l'on connaît la Vie, cela a dû la faire évoluer, peut-être bien vers l’émergence d’un système de sécurité : ne sort du berceau planétaire que l’espèce ayant trouvé le moyen de se survivre. Ainsi, qu’une espèce incapable de se maitriser s’auto-détruise avant d’atteindre le stade du voyage interstellaire serait une bonne chose pour la Vie. Une sorte de fausse-couche.

Voila pour la pérennité. Mais avant de se reproduire, Vie se contente d’être, comme n’importe quel organisme vivant, et donc d’assurer l'équilibre de son propre fonctionnement. Hors, tu le sais aujourd'hui, ton humanité mange trop et les ressources renouvelables de la planète ne nous suffisent plus. Autrement dit, Terre est malade d’Homo. On est donc en train de scier la branche sur laquelle on est assis et, dès lors, il n'y a que deux attitudes envisageables: soit on considère que l'humanité est trop abondante et, puisque c’est évidement de ta faute et non de la mienne, c’est vite l’horreur, soit on s’arrange ensemble pour manger moins. Mais cela, c'est un point de vue d’humain, déjà trop complexe pour une planète-Vie qui ne peut réagir que sur le premier terme de l’alternative : « l'humanité est trop abondante ». 

Pour juguler ses pullulements et retrouver son harmonie sur Terre, Vie dispose naturellement d’antidotes, par exemple sous forme de maladies ravageuses, mais pour toi qui apprivoises aujourd’hui les virus, c’est presque « même pas peur ».

Reste une autre façon : réduire la fertilité de l’espèce encombrante, en favorisant la proportion d’individu dont l’union restera inféconde.

A défaut de pouvoir le démontrer, je conjecture donc que l’homosexualité est une variable d’ajustement de la Vie.

Et je me demande même si je n’ai pas envie d’y croire.

Dès lors, tu devineras sans peine ce que je pense de la PMA, une question fondamentalement politique qui reviendrait à mettre la boite de Pandore de la génétique dans les mains des psychopathes que nous sommes tous, et représenterait une brèche mortelle dans l’éthique française de non-marchandisation du corps.

Par ailleurs, pourquoi la collectivité devrait-elle assumer ce que l'on peut faire seule à moindre frais ? Le droit consiste à réguler les rapports de force et ce n’est pas de cela qu’il s’agit, moins encore que dans les relations entre hommes et femmes.

Mais ça, c’est une autre histoire.

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