Réforme SNCF et pomme d'api

Depuis l’annonce de la réforme de la SNCF et, plus précisément, depuis la sortie du rapport Spinetta, tout le clergé libéral chante d’une seule voix. La tierce est mineure, la chanson, un requiem. Cela coûte cher, disent-ils, trop cher.

Ces inquisiteurs de la règle d’or martèlent que la France est à feu et à sang, que les cheminots doivent se sacrifier, comme tout le monde.
Rien de neuf sous le soleil, la SNCF est un puits à pognon et la France soumise à l’austérité budgétaire. Dans ces conditions, regrettent-ils, une réforme est nécessaire, La dette de la SNCF est abyssale, il en va de la survie de la France mon fils.
Au nom du pèse, et du fric, et de l’entreprise. Amen.
Ce que ces roublards oublient d’expliquer, insistant savamment sur le statut des cheminots, c’est que le mot d’ordre de cette réforme est : l’ouverture à la concurrence.
Mets-toi une chose dans le crâne lecteur bien aimé, la réforme du statut des cheminots n’intervient que dans ce but. Abaisser le coût du travail Français au niveau de la concurrence Européenne.
Toutes les saillies larmoyantes d’Eric Brunet et ses complices n’y changeront rien. On ne tond pas les cheminots car ils coûtent cher, mais bien pour uniformiser la tronche des travailleurs du rail Européens. Les rendre compétitifs sur le libre marché de l’exploitation. Une harmonisation, voilà l’histoire.
Le statut des cheminots est une ruine, les Français paient trop de taxes ! Claironnent-ils à l’unisson, sans pour autant préciser que les économies réalisées seront à ajouter au bilan de la SNCF et certainement pas à soustraire de nos feuilles d’impôts.
Ce qui est souvent dit, aussi, sans trop s’y attarder, c’est que l’état Français, pour ouvrir la SNCF à la concurrence, va devoir s’acquitter d’une partie de sa fameuse « Dette Abyssale ».
Selon Bruno Lemaire, ministre de l’économie « D’ici la fin du quinquennat, nous pourrons envisager la reprise de la dette de la SNCF (…) une fois qu’on aura permis à la SNCF de renouer avec les bénéfices » (Ouest-France)
En gros, c’est toi qui raques. On te vend le sacrifice des cheminots comme une économie pour la France, alors que c’est la France (toi) qui finance la mise en plis de dame SNCF afin d’en faire une catin (S.A.) désirable sur le trottoir des actions (marché). 
Selon le monde, sur les 54 milliards d'euros de dette SNCF, 23 milliards seraient imputables aux coûts de la création des quatre dernières lignes TGV, bien moins rentables à l’arrivée que dans l’esprit des dirigeants de l’époque. Une bourde stratégique à 23 milliards.
Cela fait combien, en cheminots, 23 milliards ?
Si ces derniers sont sanctionnés pour leur excès de privilèges, qu’en est-il des dirigeants d’alors ? Ne devrions-nous pas exiger une enquête ? Histoire d’en savoir plus ? Apparemment, non.
Détail cocasse, expliquant peut-être la clémence des commentateurs : l’ancienne directrice générale de la SNCF, payée plus de 30 000 euros par mois en 2016, a été promue récemment… Ministre des armées. Vous me direz que je fais du mauvais esprit.
A mon sens, cette affaire de réforme ne démontre qu’une seule chose : au final c’est toujours nous qu’on paye.
Si comme souvent, on nous brandit la dette de l’entreprise comme motif de réforme du statut des cheminots, cela revient, quelque part, à leur demander de payer des pots cassés par leurs dirigeants. Surpayés, eux.
Lignes à grande vitesse, crise des sub-primes, même combat. Trois connards renversent, la France éponge.
Enfin, à ceux qui scandent que la SNCF est en crise, que l’assainissement des comptes justifie l'effort, les faits suffisent. L’entreprise est bénéficiaire en 2016.
Pourquoi diable s’acharner sur les cheminots ? Si ce n’est pour cliver les citoyens encore un peu plus, et passer sous silence le véritable scandale : Les contribuables vont finir par se cogner la dette de la SNCF, comme nous le ferions pour une entreprise publique, alors qu’elle est en cours de privatisation.
Je déclare la suite avec force, ô compagnon d’infortune, frère fiscal de toujours : Aussi sûr qu’un plus un est égal à deux, le passage d’un statut d’entreprise publique à celui de société anonyme est égal à privatisation. 
À ce propos, laisse-moi t’exposer une maxime que j’ai faite mienne il y'a longtemps : certaines activités ne peuvent pas être pensées sous l'unique prisme de la rentabilité. Travaillant à l’hôpital, je sais de quoi je cause. Le rail, les autoroutes, au même titre que l’hôpital et la prison font partie, à mon sens, des secteurs pourrissants au contact du marché. Renseigne-toi sur les autoroutes en France, tu vas te marrer. Si après ça, t’en veux encore, renseignes-toi sur la gestion des prisons et des maisons de correction aux Etats-Unis. Si une fois fait, tu peux me dire, en soutenant le regard, « le libéralisme, rien à redire ! », envoies un C.V. à RMC t’as moyen de faire ton trou.
Pour conclure, ô mon lecteur, sur une touche de mauvais esprit, je laisse le mic à Georges Clémenceau qui a dit : « Les fonctionnaires sont un peu comme les livres d’une bibliothèque : ce sont les plus hauts placés qui servent le moins »
Quarante-pour-cent de cardes à la SNCF.
Peace.

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