Le consentement au partage: mode de production et mode de jouissance

Partager ne va pas de soi mais plutôt des autres. Les autres, l’autre, l’alter de l’altérité mais aussi de l’altération. Sous quelles contraintes renoncer à la plus-value et à la surproduction, mais aussi au plus-de-jouir et la surconsommation ? L'enjeu de ces renoncements: consentir à partager… ou disparaître .

LE CONSENTEMENT AU PARTAGE :

 

Économie politique et économie psychique, mode de production et mode de jouissance .

 

Partager ne va pas de soi mais plutôt des autres .

Les autres, l’autre, l’alter de l’altérité mais aussi de l’altération.

Un soi, une société altérable ou inaltérable ?

En musique, l’altération modifie la note d’un demi ton (dièse ou bémol) ce qui ne garanti pas nécessairement la musicalité ou l’harmonie du chant.

L’altération peut sonner ou dissoner.

Du coté de l’économie politique :

Quelle est la musique du capitalisme, de son évolution et quelles disharmonies écrit-il dans ce mode de production ?

Le partage ne va pas de soi, pour le moins!

La propriété privée des moyens de production enrichit par la plus-value l’entrepreneur dont l’entreprise peut alors croître et prospérer : l’entrepreneur investit par le crédit, la production et la productivité augmentent, il embauche ...

La somme des intérêts individuels concourt à l’intérêt collectif.

La libre entreprise, la libre concurrence, permet à tout individu libre et autonome d’entreprendre, de s’enrichir, d’investir d’embaucher, de devenir premier de cordée et d’alimenter le cercle vertueux de la croissance :

« Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ».

Le ruissellement permettra à chacun de s’enrichir.

La concurrence libre et non faussée, le libre échange des marchés, dont celui du travail, régulent la valeur des échanges et font le tri sélectif des entreprises.

Tout cela assure la CROISSANCE , croissance qui détermine l’emploi et donc notre « niveau de vie moyen ».

La croissance est l’effet et la cause du progrès économique et social, croissance définie comme la variation quantitative de la production, l'indicateur le plus utilisé pour la mesurer étant le produit intérieur brut qui mesure les biens et services valorisés.

Le progrès est consubstantiel à la croissance, elle-même consubstantielle au progrès.

Il y aura bien des cycles et des crises, mais à terme le marché les régulera à condition toutefois qu’il ne soit pas trop régulé et que son mécanisme « naturel » d’auto régulation ne soit pas empêché.

L’état organise l’infrastructure matérielle, administrative, juridique ainsi que le mode et le niveau de régulation qui permet l’optimisation de ces échanges. Il assure le mode de production et de reproduction ( école, justice, information…)

Il définit ses prérogatives régaliennes qu’il gère ou confie à la sou-traitance.

Le parlement légifère, le peuple vote, a voté.

La croissance et la consommation restent le facteur déterminant le progrès social.

Il faut donc produire pour consommer et consommer pour produire.

Cette règle d’or illustre parfaitement l’age d’or des « 30 glorieuses » qui nous a permis une production et une consommation en bien d’équipements sans précédent dans le cadre d’un marché régulé par la puissance publique ( contrôle de la monnaie, des capitaux, des changes… et donc régulation des banques). 

La fameuse consommation des ménages, le boom démographique de l’après guerre, ont entraîné un cycle de croissance désormais révolu.

Tout ça semble avoir quelque peu dégénéré sur fond de dérégulation et de financiarisation de l’économie dans le cadre d’une compétition mondialisée et du passage obligé de la consommation à la surconsommation des biens, des services et de l’énergie, du moins pour une partie de la planète : les pays (sur) développés.

Pour les autres il n’y aurait pas d’autres voies que celle là , par nous tracée. (TINA)

Il faut bien sûr alors promouvoir un capitalisme « décomplexé » et rendre nos entreprises plus  compétitives :

- fluidifier, optimiser, flexibiliser et rendre plus liquide le marché du travail et des capitaux

- Réduire le « coût » du travail et augmenter sa productivité

- faire de la digitalisation des entreprises un levier de croissance

- construire des éco-systèmes pluridisciplinaires « agiles » et « disruptifs», promouvoir « l’open innovation ».

- cultiver des pépinières de start-up, des accélérateurs de scale-up, faire pousser des licornes.

BFM business martèle son slogan :

« La France a tout pour réussir ! » et menait une campagne de promotion pour développer l’entreprise :

 « Plus grand, plus fort ! » qui rappelle la formule du baron Pierre de Coubertin :

Citius, Altius, Fortius ! 

Mais alors comment faire ?

Et jusqu’où ?

Amazone a franchi le premier le cap des 1000 milliards de dollars de capitalisation.

Son patron est riche de 160 milliards de dollars.

Dassault système filiale de la holding Dassault rentre dans le CAC 40.

L’Oréal vend 50 produits de beauté par seconde dans le monde.

Le trading haute fréquence a rattrapé la nano seconde…

Les dégâts collatéraux sont nombreux et nos actualités égrainent la désormais banalité de leurs occurrences :

-L’ interminable défilés des plans de « lutte » (!) contre le triptyque : chômage- pauvreté- inégalité

-Les scandales financiers

-La fraude et l’optimisation fiscale

-Les paradis fiscaux

-La manipulation des taux de change

-Le shadow banking et les bulles spéculatives

-Le Catex (Catastrophhe Risk Exchange) et la spéculation sur le dérèglement climatique ( cat bonds)

-Les « permis de polluer » et le commerce frauduleux du carbone

-Le sort réservé aux lanceurs d’alerte et l’impunité des banquiers

….

On pourrait multiplier les constats, évoquer la crise des subprimes et la récession économique engendrée par le déficit de crédits, le coût social du sauvetage des banques, le primat du rentier au détriment de l’entrepreneur et la financiarisation de l’économie, les risques du trading haute fréquence, les rémunérations indécentes, la spéculation, les produits dérivés, la titrisation et la propagation incontrôlées du risque, le sort réservé à la Grèce et sa vente à la découpe...

De nombreux travaux ( notamment parmi les Économistes Atterrés) s’y attachent et nous éclairent.

Pas plus que les anciens, aucun de ces nouveaux « concepts » ou catégorie du néo capitalisme n’est fondé sur le partage.

Tous se fondent sur les mêmes modes et rapports de production et poursuivent la même logique.

La compétitivité et le profit en sont des moteurs puissants,

La compétition est un mode de rapport particulier à l’autre.

Le profit est toutefois devenu un mode de rapport particulier à l’argent, l’immense majorité des échanges n’étant plus d’ordre purement économique, mais financier.

Il ne reste plus qu’à réduire les inégalités par des mécanismes de redistribution ou compensation et de gérer les « externalités négatives » particulièrement celles générant une pollution et un dérèglement climatique désormais avéré ainsi que l’appauvrissement des espèces et des ressources naturelles ou celles ébranlant l’acceptabilité populaire et mettant en danger l’ordre social.

 L'homme le plus riche du monde annonce la création d'une fondation dotée de 2 milliards de dollars. Elle aidera les familles de sans-abris et financera le développement d'écoles maternelles adeptes d'une pédagogie alternative.

C’est une tradition que les riches donnent l’aumône au pauvres , particulièrement dans notre culture judéo chrétienne.

Jésus aurait dit : « tu aimeras ton prochain comme toi même », ce qui est loin d’être une garantie pour le prochain mais implique un minimum de partage.


« 
Si tu donnes ta propre subsistance à celui qui a faim,

Si tu rassasies l'âme indigente,

Ta lumière se lèvera sur l'obscurité,

Et tes ténèbres seront comme le midi ». ( Ésaïe 58:10)

Tu peux bien lui en donner ...un peu !

Toutes les grandes fortunes ont toujours charitablement promu leurs œuvres sociales et humanitaires.

Le crime organisé , lui aussi, a toujours investi dans la charité et les œuvres socialest.

Pour les fortunes « licites » l’investissement dans l’amour du prochain et le « partage » est opportunément défiscalisé et est un produit de marketing socialement apprécié, politiquement très correct et économiquement rentable.

Nous sommes en marche !

 Nous sommes en marche dans une fuite en avant vers une pathologie sociale de la surconsommation qui détermine et est déterminée ( en même temps* !) par un mode de relation au monde et à l’autre.

La captation et la prédation en sont les caractéristiques dominantes.

 Lorsqu’on décrit « l’horreur  économique » (Viviane Forrester ) , « la prospérité du vice » ( Daniel Cohen), le triomphe de la cupidité (Joseph E. Stiglitz) nous basculons aussi du côté de l’économie psychique.

La cupidité et le vice font horreur !

La cupidité et le vice, attributs diaboliques, procèdent de l’économie psychique.

 

Du côté de l’économie psychique.

 Freud puis Lacan ont poursuivi ce que déjà de nombreux philosophes avant eux avaient exploré .

Il y a dans l’homme une part d’ombre, d’inquiétante étrangeté et de terrible violence.

On sait depuis longtemps que « l’homme est un loup pour l’homme »

Depuis Freud et Lacan on sait désormais pourquoi et comment.

En introduisant ce nouveau concept de Pulsion de Mort en 1920 Freud ouvrait de nouveaux champs de compréhension et réglait une forme d’idéalisation religieuse de la « nature » humaine.

Lacan scella l’affaire.

Au-delà du principe de plaisir, la pulsion de mort et au-delà de la pulsion de mort, Lacan conceptualise la division du sujet, son reste a et son rapport au Réel. 

De ce côté là , beaucoup ont écrit, d’une écriture plus ou moins aisée à aborder, mais le doute n’est plus permis.

La construction psychique de l’humain est d’une formidable violence.

Pour s’humaniser il faut traverser des épreuves terribles que le refoulement polisse et atténue mais dont la vie psychique en recèle les traces.

Pour le tout petit, il suffit de l’observer en collectivité par exemple, il n’est pas du tout question de partager et encore moins d’aimer son prochain !

Nous observons des conduites agressives de prédation, de captation...et des conduites de soumission.

Dans ce monde que nous qualifions de pulsionnel nous avons recours à des concepts anachroniques pour le décrire car un nouveau-né ne  se conduit pas, en prédateur par exemple, il est conduit par une pulsion.

Tout ça ne dure pas, normalement, très longtemps : l’éducation, son éducation en désir et en projet a commencé bien avant sa naissance.

Pour certain que j’ai par ailleurs décrit, ça dure plus longtemps ( Journal d’un psychologue de la République, l’Harmattan 2018 ).

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=58908&motExact=0&motcle=&mode=AND

Pour ceux qu’on dit « gâtés » ou ceux souffrant de « troubles », Trouble du Déficit de l’Attention avec Hyperactivité par exemple (TDAH), ça peut durertrop longtemps.

Il y a l’école.

L’école, l’école maternelle enseigne sa matière principale que les textes officiels appellent toujours, depuis très longtemps « le Vivre Ensemble ».

On apprend aux enfants dès 2ans à différer et à partager.

On apprend aussi l’entraide et la collaboration dans le « Vivre Ensemble ».

L’école promeut le partage et l’entraide.

Du moins pendant quelque temps… jusqu’aux premières évaluations, dès l’école maternelle, évaluations qui sont individuelles, mais restent « bienveillantes ».

Ce label officiel de « bienveillance » suppose qu’elles pourraient ne pas l’être ou l’avoir été… et qu’elles ne le resteront certainement pas !

Effectivement tout cela se gâte un peu au fil de la scolarité ou l’entraide, la collaboration et le partage disparaissent peu à peu au profit de la compétition et de l’évaluation individuelle dont l’aboutissement se réalise dans les classes préparatoires aux grandes écoles.

Différer et partager est pour tous d’une incroyable violence, mais encore une fois ça dure plus ou moins longtemps, et pas seulement pour les enfants gâtés !

Contenir sa violence adressée à l’autre et consentir au partage est un long processus, un processus secondaire.

Au début est la violence et l’accaparement.

Freud décrivant l’enfant parle de pervers polymorphe. Bien sûr il ne s’agit pas de perversion, ce serait encore un anachronisme, tout comme le serait aussi l’évocation de la cupidité et du vice.

Toutefois, il y a bien quelque chose de familier dans ces anachronismes.

La fonction de l’éducation est de faire en sorte que cette « cupidité » et ce « vice »  originels  ni ne prospèrent, ni ne triomphent. 

L’apprentissage, l’éducation annoncent un autre rapport à l’autre et introduisent par la parole un nouveau lien social… mais personne n’oublie ce qui dans la vie psychique s’est imprimé.

Il suffit pour s’en convaincre de se laisser un peu aller et de visiter ses rêves.

Il suffit aussi de constater les nombreuses ratées.

Il suffit parfois d’un « rien » pour que bascule ce fragile équilibre qui nous maintient sur la ligne de crête que certains appellent l’humanité ou la civilisation en l’opposant à l’inhumanité, la barbarie ou la monstruosité supposées d’autres.

Supposer que les uns n’appartiennent pas ou plus à notre communauté permet de se préserver et d’éviter de sonder chez soi cette violence qui ne repose jamais en paix. 

De ces ratées nous mesurons l’ampleur chez les patients des psy, particulièrement les plus jeunes.Ils développent de plus en plus des pathologies qui, du moins dans leurs symptomatologies, ont glissé des effets de l’interdit de jouissance aux effets de l’impossibilité de satisfaire cette jouissance.

À « je désire ce que je ne peux avoir », succède « je consomme tout ce que je désire, mais je n’en ai jamais assez ».

Si la frustration est toujours au rendez-vous les conséquences sont différentes et l’épuisement du désir dans la consommation sans fin installe des positions boulimiques et/ou anorexiques qui désespère le sujet.

À l’inverse de  « l’optimum de Paréto » non seulement aucun équilibre n’est atteint, mais l’insatisfaction augmente avec la consommation dans une fuite en avant caractérisant les addictions.

La dominante symptomatologique a glissé du lien à l’autre au lien à l’objet.

 

Du côté de l’économie politique et de l’économie psychique :

De ces considérations précédentes on pourrait se hâter de conclure qu’il existe un lien entre ces 2 économies, qu’il y aurait une sorte d’articulation dont le partage de certains concepts probablement mal définis témoignerait.

La toute puissance, la fuite en avant vers la surconsommation, l’insatisfaction croissante et le rapport à l’autre et au monde évoquent des similitudes .

La catégorie des Sérials Entrepreneurs, agités par une volonté farouche de créer et vendre leurs entreprises évoque, par sa proximité sémantique, le même imaginaire que la catégorie des Sérials Killers.

Les Sérial Entrepreneurs, les Sérial Killers, c’est plus fort qu’eux ! 

« Capitalisme et pulsion de mort » écrivaient Bernard Maris et Gilles Dostaler (Albin Michel 2009)

Entre les phénomènes macro et micro on sait cependant qu’il y a des ruptures épistémologiques ce qu’illustre la physique des particules et la relativité générale.

Pour l’une la théorie standard n’a jamais été prise en défaut que ce soit au niveau des prévisions que des implications techniques.

Mais elle ne vaut que pour l’infiniment petit.

Pour l’autre, la relativité, elle ne vaut que pour l’infiniment grand et elle n’a jamais été elle non plus prise en défaut dans ce domaine.

Selon l’objet d’étude, les physiciens utilisent l’une ou l’autre de ces 2 théories, ils changent de boite à outil.

Le réel (au sens physique) quant à lui reste le même, les concepts, la méthodologie, l’éclairage changent.

Unifier les 2 est un projet qui permettrait de combiner les équations mathématiques de la théorie standard des particules avec celles de la relativité et d’en formaliser de nouvelles.

C’est la « théorie du tout », à ne pas comprendre comme la théorie « de tout ».

Les difficultés sont nombreuses dans ce projet, mais il s’agit pour tous et toujours du même réel.

Ne s’agirait-il pas aussi pour ce qui nous occupe du même réel, de la même « économie » ?

Inutile alors de chercher des similitudes et une articulation s’il s’agit du même réel.

L’hypothèse est que si l’on veut le modifier, ce réel, il est préférable de le comprendre, c’est-à-dire de le conceptualiser.

Il faut alors argumenter.

Argumentons dans un 1er temps par une expérience de pensée.

Supposons que ce réel, l’économie soit décrit par une bande de moebus dont une face serait l’économie politique et l’autre face l’économie psychique.

La bande de moebus , objet topologique d’autant plus étrange qu’il est facile à construire, est une surface unilatère.

Un bande rectangulaire suffisamment longue pour être collée à ses extrémités ( les 2 largeurs) après une (ou un nombre impair de ) torsion permet de réaliser cet objet représentant : l’économie.

Avant de réaliser une torsion, on positionne le chercheur en économie politique sur la surface rectangulaire de son champ, la face A, et le chercheur en économie psychique sur la face B en vis-à-vis.

Chacun est dans son champ, champ délimité par des dimensions finies : longueur, largeur et surface.

La torsion et la suture des largeurs effectuées le chercheur en économie politique se promène, dans l’obscurité, à la surface de son objet d’étude.

La lueur de sa lampe (ses concepts et sa méthodologie) lui permet un éclairage (un savoir).

La surface n’ayant pas de limite (il ne le sait pas nécessairement puisqu’il cherche et chemine donc dans l’obscurité), il avance et explore bientôt « l’autre face » (qui est en fait la même) ou le chercheur en économie psychique (le psychanalyste par ex) explore avec sa propre lampe et son propre éclairage (un autre savoir).

Sans nécessairement le savoir , puisque pour chacun il s’agit de son champ et de son domaine, ils auront tous deux exploré le champ de l’autre, avec chacun son propre éclairage.

Si on suppose qu’ils avancent à la même vitesse ou que la dimension de l’objet est suffisamment grande (ce qui est manifestement le cas de l’objet de recherche qui nous occupe) , ils ne se rencontreront jamais tout en ayant éclairé le même réel et tout en disposant d’un savoir différent sur ce réel-là !

Même réel mais savoirs différents dont chacun peut revendiquer la pertinence.

Chacun peut aussi penser que son savoir est le seul qui éclaire le réel.

Supposons maintenant que l’un d’eux, pris d’un doute métaphysique sur ses concepts et sa méthodologie, se dise qu’il est fort probable que d’autres cherchent aussi.

Supposons que ce doute salvateur l’incite à attendre le chercheur en économie psychique qu’il ne connaît pas encore.

Supposons aussi que le chercheur en économie psychique veuille bien s’arrêter et partager le doute de son nouveau collègue et accepte sa proposition d’explorer et chercher ensemble.

Ils explore alors le même réel avec leurs 2 lampes , c’est à dire avec 2 éclairages.

La situation est très différente : au départ chacun a son champ, son réel avec sa lampe, son éclairage

(2 savoirs différents pour 2 objets supposés différents ).

Peut-être seront-ils alors tentés de bricoler une lampe combinant les 2 faisceaux lumineux et 2 éclairages pour 1 faisceau et 1 éclairage ? (1 savoir « unifié » pour un objet « unifié » ) ?

Associer 2 faisceaux lumineux ne pose pas de problème à la physique des ondes électromagnétiques, mais associer des concepts et créer une méthodologie unifiée et commune, une transdisciplinarité, est plus improbable.

Sait on jamais ?

Mais en attendant, car ce projet peut prendre beaucoup de temps, ils conviennent qu’ils étudieront le même objet avec un éclairage différent ( 2 savoirs différents pour un objet « unifié »).

Il est certain que cette nouvelle recherche modifiera leurs concepts et leur méthodologie.

Cette digression aussi fastidieuse ou étrange qu’elle puisse paraître n’en est pas moins nécessaire si on prétend construire un projet ou une stratégie de changement.

En effet pour le partisan du champ de recherche rectangulaire et fini, par exemple l’économie politique, tout changement obéira aux seules variables de son champ, par exemple le mode de production, la répartition de la plus value… pour une société, plus juste, plus égalitaire, des rapports sociaux de partage, d’entraides, etc.

Pour le chercheur en économie psychique, le psychanalyste par exemple, il invoquera le plus de jouir et œuvrera pour que chaque sujet repense singulièrement son mode de jouissance et donc son mode de consommation et son rapport à l’autre à l’aune de la limitation consentie de sa propre jouissance… pour une société, plus juste, plus égalitaire, des rapports sociaux de partage, d’entraides, etc.

Pour le 1er il aura le choix entre le réformisme et la révolution avec les nuances intermédiaires.

Pour le second, il faudra psychanalyser la terre entière ou à défaut répandre la bonne parole et prendre en charge d’interprétations et de commentaires tous les faits sociaux. 

Mais s’ils décident de faire route ensemble…

Althusser, critiquant le modèle topologique trop déterministe ou plus exactement trop « causal-linéaire » de Marx ( Infrastructure et Superstructure ) proposait, en introduisant le concept d’Idéologie un nouage plus subtil des contradictions à l’œuvre dans nos organisations socio - économiques.

L’Idéologie y est définie comme une instance sociale d’un mode de production défini, comme « le ciment de la société ».

Les 3 instances, (Économique - Politique – Idéologique ) complètent le modèle de Marx et assurent à chaque instance une autonomie relative dans un nouage permanent.

Les rapports sociaux sont à la fois (en même temps* !) économiques, politiques et idéologiques.

C’est ce concept d’Idéologie qui ouvre notre chercheur de l’économie politique au doute et l’incite à attendre son collègue de l’économie psychique pour un autre éclairage.

Saul Karsz, (Affaires sociales, questions intimes Dunod 2017) et l’ association Pratiques Sociales poursuivent cette recherche avec ce leitmotiv ; « Idéologie et Inconscient font nœud » http://www.pratiques-sociales.org

L’Idéologie, du côté de l’économie politique et l’Inconscient, du coté de l’économie psychique se déploient dans le même champ moebien.

 

 Revenons au partage, au consentement au partage. 

Le mode de production capitaliste et plus encore le capitalisme financier, le fonctionnement psychique ne tendent pas « naturellement » vers une orientation à l’entraide et au partage.

On a vu que pour l’économie psychique, au cours de son ontogenèse, la modification du rapport à l’autre et aux objets est contrainte, que cette contrainte vienne du Réel ou de l’Autre, il est toujours question d’impossible et d’interdit.

C’est par un consentement contraint, mais aussi avec le soulagement de devoir renoncer à une toute puissance imaginaire, que s’opère un changement .

La contrainte est un préalable au consentement et comme il s’agit du même réel, du même champ, cette contrainte doit fonctionner concomitamment, à la fois (en même temps* !) sur tous les aspects de ce champ.

Althusser précisait que l’intervention sur l’économique impliquait une intervention sur l’instance politique et l’instance idéologique.

Chaque contradiction se décline sur les 3 instances.

Il est donc illusoire de vouloir changer un mode de production sans changer le fonctionnement politique et idéologique… et inversement !

Comment penser une contrainte qui traverserait ce champ du collectif à l’individuel ? 

Quelle contrainte pour l’économie capitaliste vers un renoncement à la plus value et à la surproduction ?

Quelle contrainte pour l’économie psychique vers un renoncement au plus de jouir et à la surconsommation ?

Quelle contrainte pour renoncer à ces 2 formes d’aliénation ?

 

De la contrainte vers le consentement au partage :

 Que ce soit du côté de l’économie politique ou de l’économie psychique il est peu probable qu’un changement important opère sans contrainte interne ou externe.

C’est bien lorsqu’un état produit un conflit intra et/ou inter psychique et une rupture d’équilibre qu’un patient demande une aide et (se) est contraint à un travail psychique.

Les plus avisés anticipent l’état de rupture avant qu’il ne se produise.

Nos sociétés ont aussi évolué suite à des ruptures d’équilibre notamment des invasions, révoltes, guerres ou révolutions...

Dans nos sociétés (sur) développées les conflits violents ont été partiellement pacifiés par l’invention de la démocratie, mais c’est encore suite à des conflits sociaux que des modifications profondes ont imprimé les changements importants.

Ces affrontements sociaux conservent du reste la rhétorique des affrontements guerriers ou militaires.

La  « lutte » s’est muée en rapport de force sociaux parfois virulents, mais suffisamment contenus pour préserver la « paix  sociale », même si réapparaît parfois la violence physique « originelle » de ces rapports de force.

Alors qu’est-ce qui pourrait provoquer un conflit et un déséquilibre suffisant à la fois de l’économie politique et psychique ?

Du côté économique dans la situation d’interdépendance de l’économie mondialisé, il faudrait que cet évènement traverse la planète avec une puissance et une simultanéité (en même temps* !) pour que l’effet soit partout ressenti.

Du côté de l’économie psychique, il faudrait aussi qu’il bouleverse à défaut de tous et chacun, un grand nombre.

 De la démocratie on ne peut rien attendre de cet ordre, tous les pays ne relèvent pas de ce régime et en relèveraient-il qu’ils devraient consentir (en même temps *!) au partage ?

Nous n’y parvenons pas au sein même du berceau de la démocratie face à des problèmes élémentaires que sont l’harmonisation fiscale, l’immigration, la « lutte » contre les paradis fiscaux, l’évasion et l’optimisation fiscale, etc.

Il faudrait alors une prise de conscience de la nécessité de changer son rapport à l’autre et au monde qui imprimerait nos économies psychiques… et cette conviction se réaliserait alors, démocratiquement, dans un projet politique collectif.

 

Les probabilités sont infimes, mais, étrangement, ce sont ces hypothèses qui prévalent

Il faut patienter !

Voyons ce qui pourrait être contraignant :

 -la disparition de nombreuses espèces et une rupture de notre écosystème ?

-la disparition progressive des ressources naturelles ?

-le réchauffement climatique ?

-un accident industriel majeur ?

-l’immigration massive (elle ne l’est pas du tout actuellement) ?

-un nouveau crack financier ravageant l’économie  ( insoutenabilité des dettes privées ou souveraines, explosions de bulles spéculatives…) ?

-une catastrophe naturelle d’ampleur planétaire ?

- un acte terroriste majeur lui aussi d’ampleur planétaire ?

-un conflit régional dégénérant en conflit armé généralisé ?

-un suicide démographique ?

-un coup de sang d’un dirigeant psychopathe ?…

 

… Et probablement bien d’autres « évènements » dont nous ne connaissons ni n’imaginons nécessairement l’existence.

Nous pouvons toutefois privilégier l’hypothèse de la conjonction ( en même temps* !) de plusieurs évènements énumérés avec leur effet systémique.

 

Les probabilités sont alors loin d’être infimes !

Prenons par exemple, la conjonction du réchauffement climatique et de l’immigration qui mettraient à mal un prétendu projet européen et ses valeurs dites universelles. 

La population africaine, actuellement 1,2 milliards d’habitants, doublera d’ici 2050 et et atteindra 4,2 milliards d'ici à 2100.

Le taux de fécondité ( nombre moyen d’enfants par femme) du continent est de 4,6.

Celui de l’Europe est de 1,60.( 1,30 pour les pays du sud !) 

Ces données estimées impliquent un ralentissement structurel de la croissance pour la plupart des pays riches dont la démographie décroît .

Selon ces projections, un quart de la population mondiale vivrait en Afrique en 2050.

Il est désormais avéré que le réchauffement climatique est inévitable et qu’il impactera d’abord les pays pauvres du sud.

Il semble donc que la conjonction du différentiel démographique et du réchauffement climatique rendent très probable une « pression » migratoire du sud vers le nord.

Pour vieillir tranquille, il faudrait alors bâtir des murs et s’armer contre l’invasion, financer les pays pauvres pour qu’ils surveillent et gardent leurs ressortissants et au mieux investir dans les économies émergentes pour que les immigrés potentiels aient quelques raisons de rester chez eux.

Il faudrait alors, à défaut d’installer la clim pour tous, « lutter » contre les désordres climatiques à venir et leurs conséquences économiques.

Comment ?

Il faudrait aussi compte tenu du vieillissement de la population de notre vieille Europe pratiquer l’immigration choisie.

Combien ?

Tout cela est-il bien raisonnable et réaliste ?

La probabilité de grands désordres planétaires est forte.

 Prenons, par exemple toutes les combinaisons possibles de tous les « évènements » et envisageons les effets systémiques. 

Les probabilités s’envolent ! 

Les scenarii sont nombreux et variés, certains sont encore probablement impensés, mais l’enjeu reste le même :

 Il faudra alors consentir à partager… ou disparaître .

 

 

 

*Hommage à notre Président quantique dont, à l’instar des particules élémentaires, on ne peut mesurer la vitesse et la position  « en même temps ».

Un contre-sens populaire « imaginant » en les matérialisant ces particules, en conclue que cette impossibilité serait due à nos instruments de mesure encore insuffisamment élaborés.

Il n’en est rien, cette impossibilité est structurale, constitutive de la « nature » de ces particules qui sont potentiellement...partout « en même temps ».

 

 

 

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