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Le Club de Mediapart jeu. 11 févr. 2016 11/2/2016 Édition du matin

Samedi-sciences (34): sale temps pour les amphibiens

Depuis plus de vingt ans, les biologistes qui étudient les amphibiens (ou batraciens) savent que les jours de leur objet de recherche sont comptés.

Depuis plus de vingt ans, les biologistes qui étudient les amphibiens (ou batraciens) savent que les jours de leur objet de recherche sont comptés. Cette classe de vertébrés qui inclut les grenouilles, crapauds, tritons et salamandres est menacée. Ce déclin a d’abord été considéré comme une énigme reposant sur des observations anecdotiques. C’est aujourd’hui un fait démontré par d’abondantes études. Environ 40% des espèces d’amphibiens existant aujourd’hui dans le monde risquent de s’éteindre rapidement.

Salamandre tachetée (Museum de Toulouse) © Didier Descouens Salamandre tachetée (Museum de Toulouse) © Didier Descouens

La disparition progressive des amphibiens est un problème multiforme, dépendant de nombreux facteurs : destruction des habitats naturels, changement climatique, utilisation de pesticides, etc. En 1998, on a découvert un nouvel ennemi des amphibiens, sousla forme d’un agent infectieux inconnu jusqu’ici, le champignon chytridiomycète Batrachochytrium dendrobatidis. La chytridiomycose a eu un effet dévastateur sur les populations de grenouilles en Australie et en Amérique centrale. On a retrouvé des traces du champignon remontant à 1987 au Costa Rica, et à 1972 au Mexique. «Bien que récemment découvert, le chytridiomycète a probablement affectgé les populations d’amphibiens depuis des dizaines d’années», écrit David Wake, de l’Université de Californie à Berkeley, dansla revue Science du 2 mars 2012.

Dans une recherche récente, Christian Hof, du Centre de recherche sur la biodiversité et le climat de Francfort, a étudié l’action des principaux facteurs de déclin des amphibiens, en-dehors du champignon. Il dépeint un tableau inquiétant de l’avenir de cette classe de veretébrés. Les multiples accélérateurs de la disparition des grenouilles et crapauds deviennent de plus en plus puissants, et ont des effets plus intenses que ce que prédisaient les évaluations précédentes.

A lui seul, le changement climatique pourrait affecter négativement près des trois quarts des espèces de grenouilles dans le nord des Andes et 66% des salamandres vivant dans une partie de l’Amérique centrale. Plus inquiétant encore, d’autres facteurs menaçants s’ajoutent et aggravent la situation, particulièrement dans des zones riches en espèces d’amphibiens.

Pendant la dernière décennie, le nombre d’espèces de batraciens connues a augmenté de 25%, pour approcher les 7000. Beaucoup de ces espèces nouvellement découvertes vivent dans des zones géographiques peu étendues, et sont susceptible d’être vulnérables simultanément à tous les facteurs qui menacent les amphibiens. Les changements dans la manière d’exploiter les sols, les polluants chimiques, et l’impact des espèces invasives ont des effets critiques.

Si les amphibiens sont sensibles au changement climatique, il faut ajouter qu’ils sont aussi des survivants des temps anciens. Ils ont échappé aux extinctions de la fin du Crétacé et ont résisté aux changements climatiques du Pléistocène. Ils pourraient donc, malgré les menaces qui pèsent sur eux, avoir une plus grande aptitude à survivre qu’on ne le suppose généralement. Des études sur les glaciations du Pléistocène ont démontré que des populations d’amphibiens se sont maintenues pendant des dizaines ou des centaines de milliers d’années malgrés des cycles de changements climatiques.

Selon David Wake, le message général des recherches actuelles sur les amphibiens est qu’ils subissent «des menaces qui se cumulent du fait de multiples facteurs». Pour lutter contre le déclin des amphibiens, il est donc nécessaire de prendre en compte plusieurs aspects: tendances du changement climatique, écologie des maladies infectieuses, transformation des territoires par l’activité humaine, biologie de l’évolution. Seule une approche pluridisciplinaire peut contribuer à sauver les grenouilles, les crapauds, les salamandres ou les tritons.

 

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Tous les commentaires

Merci Michel de Pracontal. j'apprècie beaucoup votre blog et ses billets, les commentaires qui y font suite, on y apprend toujours et cela parle de l'essentiel : la vie.

Ce crapaud sonneur est une "petite" merveille!

J'ai trouvé une fiche utile sur le triton

Créons du lien social autour des tritons et autres amphibiens! à l'instar des jardins construisons  des mares partagées, puisque tout se transforme, transformons les mentalités ;)

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L'auteur

Michel de Pracontal

Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.

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