Un avenir radieux pour l'Argentine: le pérono-macrisme

Désespérée pour barrer la route au tandem kirchnériste Kicillof-Magario, la droite péroniste joue le tout pour le tout et fait son "come-out" macriste en proposant que la gouverneure sortante Maria-Eugenia Vidal soit son porte-drapeau.

Lorsque j'ai lu ça ce matin dans la presse argentine, j'ai d'abord cru à un poisson d'avril à retardement, mais avec les péronistes, on peut s'attendre à tout... et au contraire de tout...

Comme le disait l'autre jour le syndicaliste Moyano, lui-même orfèvre en la matière: "Nous autres les péronistes, nous sommes ainsi, nous disons une chose un jour et autre chose après".

La fraction la plus anti-K (et par voie de conséquence la plus crypto-macriste et d'ailleurs de moins en moins crypto) du Parti Justicialiste (nom officiel du parti péroniste) avait à un certain moment compté sur Felipe Sola, un péroniste proche de Sergio Massa, pour disposer d'un candidat présentable au poste de gouverneur de cette méga-province. Sola avait déjà été gouverneur et avait démontré à la fois de vraies qualités d'administrateur et une intégrité personnelle peu courantes chez les politiciens péronistes (surtout par comparaison avec ses prédécesseurs Duhalde et Ruckauf et son successeur Scioli). Mais le récent ralliement de Sola à CFK a rendu cette option impraticable.

Du coup, les proches de Pichetto et Urtubey qui se sont regroupés sous la bannière d'Alternative Fédérale (avec l'appui discret de certains maires péronistes des banlieues du Grand Buenos Aires qui n'ont guère envie qu'un Kicillof et ses activistes locaux viennent mettre leur nez dans leur gestion municipale) ont eu leur moment "Eurêka!" et ils ont pris langue avec l'entourage de Vidal pour lui proposer la botte.

Vidal serait évidemment ravie de diviser son opposition et de sauver son poste grâce à l'appoint de quelques voix péronistes. Mais il reste à convaincre Macri de jouer le coup...

En 2015, à la surprise générale, elle avait gagné la province avec 36,5% des voix contre 35% à son adversaire péroniste Anibal Fernandez, qui était à peu près le plus mauvais candidat possible (cette première victoire fut ensuite interprétée comme un signe que Macri pouvait l'emporter sur Scioli).

Depuis, elle a consolidé son image d'efficience gestionnaire grâce aux investissements réalisés dans les infrastructures de transport, l'évacuation des eaux usées et la distribution de l'eau potable, mais la dégradation continue de l'économie sous la présidence de Macri risque fort de lui coûter sa réélection, Macri s'étant opposé à un changement de calendrier qui aurait permis à Vidal de ne pas voir sa campagne plombée par la simultanéité de l'élection provinciale avec la présidentielle.

Pourtant, il y a un hic: pour empêcher les péronistes de se regrouper à l'élection provinciale tout en restant éventuellement concurrents à la présidentielle, Macri avait pris en avril un décret interdisant les "listas colectadoras" (un mécanisme similaire au système des apparentements sous notre 4ème République).

L'ironie de l'affaire est que ce fichu décret qui ne visait qu'à gêner les kirchnéristes, empêche maintenant la constitution d'une "lista colectadora" entre macristes et péronistes anti-K !

En conclusion, il ne restera bientôt plus aux péronistes anti-K qu'à soutenir franchement la candidature de Macri à la présidentielle si, pour des raisons en partie différentes, Lavagna et Massa se dégonflent (mais la principale raison leur est commune: ils plafonnent tous deux à des scores inférieurs à 10% dans les sondages).

Le "come-out" d'Alternative Fédérale serait ainsi complet, nous promettant l'émergence d'une robuste droite pérono-macriste.

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