Le Covid-19 à fin juillet (2/3) : à quand un vaccin ?

Le futur vaccin contre le Covid-19 arrivera sans doute trop tard pour assurer la réélection de Trump, mais des dizaines de laboratoires y travaillent d’arrache-pied: il n’y a que des bonnes nouvelles.

Il y a beaucoup de pressions politiques et économiques pour sortir un vaccin le plus vite possible, et quatre candidats-vaccins ont déjà démarré le recrutement des patients pour leurs essais de Phase III, qui est la dernière phase de l’évaluation, mais aussi la plus longue. Pour se faire une idée de la date au plus tôt de disponibilité d’un vaccin largement disponible, le plus simple est d’aller jeter un coup d’oeil dans la base de données officielle étatsunienne d’enregistrement pour chercher la « primary end date » de ces essais, ce qui donne les indications suivantes :

Moderna : 30000 patients (c’est le nombre requis par la FDA pour homologuer un vaccin) ; démarrage fin juillet 2020 pour un achèvement au 27/10/2023 ;

BioNTech/Pfizer : 32000 patients ; démarrage fin juin pour un achèvement au 23/1/2023 ;

Sinovac : 8000 patients (au Brésil) ; démarrage début juillet pour un achèvement en septembre 2021 ;

Oxford : 10260 patients en 8 groupes ; démarrage en mai pour un achèvement en août 2021 (des dossiers complémentaires seront sans doute déposés prochainement pour arriver à 30000 patients).

Le vaccin qui a le délai prévisionnel de fin d’évaluation le plus court est celui de Sinovac car il repose sur une technologie éprouvée (virus inactivé) ; il faut rappeler que les trois autres reposent sur des technologies expérimentales qui n’ont encore jamais fait leur preuve opérationnellement (la technique de Moderna a d'ailleurs échoué à produire un vaccin contre Ebola).
Ces dates nominales de fin montrent combien il y a d'intox de la part de certains intervenants (et de "wishful thinking" de la part de Trump) quant à la date réelle de disponibilité d'un vaccin, mais elle ne signifient pour autant pas que des lots de vaccins destinés à des groupes limités (en particulier les personnels de santé) ne puissent être disponibles courant 2021 si les essais qui seront menés sur plusieurs milliers de patients d’ici à la fin de cette année se passent bien (pas d’effets secondaires graves, bonne réponse immunitaire chez une large proportion des volontaires) afin que le(s) vaccin(s) concerné(s) puissent alors bénéficier d’une dérogation temporaire pour être distribués en amont de leur homologation définitive, mais il paraît à ce stade illusoire de disposer d’un moyen de vacciner en masse toute la population avant fin 2021.
L’autre facteur-clé sera le coût : même s’ils sont efficaces, les vaccins les plus coûteux auront forcément une diffusion limitée. Les prix indicatifs évoqués sont de 50 dollars pour Moderna et 20 dollars pour BioNTech/Pfizer contre moins de 10 dollars pour les vaccins à virus inactivé.
Autrement dit, chronologiquement, techniquement et économiquement, ce sont les Chinois qui tiennent la corde pour le moment.
Ni l’Institut Pasteur ni Sanofi n’ont encore déposé de dossier dans la base de la FDA ; on peut estimer qu’ils ont 4 à 6 mois de retard sur les projets les plus avancés évoqués précédemment) mais comme ils travaillent sur des plateformes déjà validées avec des techniques classiques d’inactivation du virus, et qu’ils ont les moyens de monter rapidement en production, ils ne sont pas irrémédiablement largués.
Pour vous tenir au courant des essais en cours, allez sur le site clinicaltrials.gov et tapez les mots-clés ‘Covid19’ puis ‘vaccine’ et/ou le nom des compagnies concernées.

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