Michel DELARCHE
retraité de l'ingénierie informatique et aéronautique et de l'enseignement dit supérieur (anglais de spécialité), écrivain et esprit curieux
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Billet de blog 3 mai 2014

Ukraine: la stratégie russe

Les stratégies respectives de Poutine et celle du gouvernement de fait en place à Kiev, commencent à apparaître plus nettement, au prix de morts inutiles de plus en plus nombreux en Ukraine.

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Les stratégies respectives de Poutine et celle du gouvernement de fait en place à Kiev, commencent à apparaître plus nettement, au prix de morts inutiles de plus en plus nombreux en Ukraine.

- la Russie fournit un soutien de faible intensité aux "rattachistes" ukrainiens car ils sont minoritaires en dehors de la Crimée; j'emploie à dessein ce terme de "rattachistes" (qui désigne en Belgique les partisans très minoritaires d'un rattachement de la Wallonie à la France) pour les distinguer des "autonomistes" ; Poutine ne veut pas faire apparaître un facteur de clivage à l'Est en soutenant trop fortement les "rattachistes": il préfère conserver une hégémonie sur l'ensemble du bloc "autonomiste-rattachiste" qui lui est majoritaire ; les paramilitaires venus de Crimée et présents à Slaviansk ou Donietsk peuvent très bien être des "djihadistes" auto-radicalisés de la Grande Russie, il ne faut pas forcément y voir des agents du FSB ou des troupes spéciales russes: le faible niveau d'organisation et d'armement des éléments hostiles au pouvoir kiévien décrit par le correspondant du Monde à Slaviansk montre que le niveau d'implication de l'armée russe, s'il existe, reste marginal: les quelques armes lourdes utilisées par les insurgés de l'Est semblent avoir été récupérées dans les arsenaux ukrainiens et lors du désarmement ou du ralliement de quelques éléments de l'armée ukrainienne.

- les événements d'Odessa ont montré deux choses importantes: les "rattachistes" y sont minoritaires et les "autonomistes" inexistants ou peu audibles, alors que les "unitaires" y sont fortement organisés et déterminés. Par rapport à l'option maximaliste d'absorption des anciens gouvernorats russes que j'esquissais dans un billet précédent, et sauf à organiser une grosse opération militaire à partir de la Transnistrie, Poutine va probablement devoir faire une croix sur la zone Sud-Ouest (qui est par ailleurs vitale pour le gouvernement de Kiev afin de conserver l'accès à la mer Noire.)

- la capacité pour l'instant démontrée à Kharkov par l'oligarque local rallié à Kiev de neutraliser policièrement son opposition "autonomiste" montre que de ce côté-là aussi la partie est loin d'être gagnée pour Poutine (mais la proximité de la frontière russe rend une action militaire plus aisée en cas de débordement répressif d'une ampleur permettant de justifier une intervention russe aux yeux de l'opinion internationale) ; un point important est que contrairement à ce que nous racontent les médias les moins subtilement au service de la propagande atlantiste, la Russie est très attentive à l'impact de ses actions sur l'opinion publique (témoin la récente annonce de la libération des observateurs de l'OTAN, ré-étiquetés OSCE pour les besoins de la cause: dimanche dernier, le Washington Post les qualifiait de "NATO monitors" alors que le Monde et Médiapart ne parlent que d' "observateurs OSCE", c'est aussi à ce genre de détail que l'on peut évaluer le degré de fiabilité d'un journal, et à cet égard Médiapart est loin du compte...) Cette libération est en soi un gage de désescalade qui peut aussi servir de prétexte à un durcissement ultérieur ("on a fait libérer vos gugusses et vous continuez à tuer des gens").

- la fuite en avant répressive du gouvernement de Kiev va accroître le malaise latent dans l'armée ukrainienne et la coupure entre l'Est et l'Ouest. Les nouvelles troupes envoyées contre Donietsk et Slaviansk sont originaires de l'Ouest (berceau historique du catho-fascisme ukrainien) ce qui présente l'avantage tactique de minimiser les risques de défection mais l'inconvénient stratégique majeur de souder le bloc "rattachiste-autonomiste" contre Kiev. Le meilleur allié "objectif" de Poutine à l'Est est bel et bien le gouvernement de Kiev; d'ailleurs le FMI ne s'y trompe pas qui évoque un redimensionnement de l'aide financière de 17 giga-dollars en cas de sécession de l'Est: cela doit être vu à la fois comme un moyen de pression sur les "autonomistes" et les nombreux hésitants locaux et comme un avertissement voilé au gouvernement de Kiev (sous la forme d'un "contingency plan" comme on dit chez les technocrates) au cas où il ne parviendrait pas à reprendre le contrôle des provinces de l'Est.

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