Manupiter, tacticien cafouilleux et désastreux stratège

Depuis son élection, notre Jupiter Junior, alias Manu-le-donneur-de-leçon, accumule les erreurs tactiques et stratégiques.

Sur le plan taquetique commeu sur le plan téquenique, comme disait une fameuse marionnette footbalistique des Guignols de l’Info, les coups de com’ qui font pschitt s’accumulent à l’Elysée, le dernier en date étant la formule populiste de droite du « pognon de dingue ».
Après une première phase verticalo-jupitérienne aussi creuse que pompeuse (je vous le rappelle au cas où vous auriez oublié la vacuité intersidérale de son discours de Versailles devant tous les députés et sénateurs rassemblés) notre inconstant et impulsif Manupiter a progressivement basculé vers un style horizontalo-sarkozien : réflexions arrogantes ou déplacées, agitation médiatique tous azimuts, qu’on juge bon de pimenter par l’emploi de formules faussement familières voire injurieuses pour l’intelligence de son auditoire (on n’en est pas encore au « casse-toi pauv’con » de funeste mémoire, mais on s’en rapproche à grands pas) le but étant de com-mu-ni-quer le plus possible au ras des pâquerettes en direction du bas peuple.
À brouiller ainsi son image, il finira par remettre en selle les autres démagogues de la droite identitaire (Wauquiez, Ciotti, Le Pen et compagnie) ce qui n’est pourtant pas le but recherché.
Toujours sur le plan tactique, mais à l’international, Macron a voulu a) câliner Trump dans l’espoir d’une relation privilégiée d’homme à brute et b) réactiver en Europe le prétendu axe franco-allemand avec comme objectif le dada des euro-franchouillards consistant à établir un budget de la zone euro en pariant sur un tandem Macron-Merkel nous rejouant Giscard-Schmidt ou Mitterrand-Kohl ; c’est un problème récurrent des jeunes technocrates de passer leur temps à recycler de vieux modèles, faute de capacité personnelle de réflexion sur l’évolution des questions géostratégiques.

Dans les deux cas, l’échec est d’ores et déjà patent.

L’axe franco-allemand n’est plus ce qu’il était. Il suffit de constater que la Chine a remplacé la France comme premier partenaire économique de l’Allemagne pour se rendre compte que Macron retarde, en ce domaine comme dans d’autres, d’une bonne vingtaine d’années. L’entêtement à promouvoir un renforcement budgétaire de la zone euro dont personne ne veut (ni les Allemands, ni les Néerlandais, ni les Italiens, ni tous ceux qui voient pointer à l’horizon de nouveaux impôts servant à alimenter une nouvelle technostructure aussi irresponsable politiquement que la Commission) est tout autant voué à l’échec. Il faudrait au contraire faire des propositions pour homogénéiser l’existant à 27, car pour traiter les défis globaux auxquels l’Europe est confrontée, la vieille idée du noyau dur franco-allemand entraînant tout le reste n’a plus de sens, on l’a bien vu lors du récent débat sur l’immigration où la France et l’Allemagne ont dû céder face aux pays refusant toute immigration africaine et arabo-musulmane sur leur sol.

Si au moins Manupiter avait une stratégie efficace de relance du développement économique du pays, mais la seule idée nouvelle qui lui est venue consiste à privatiser quelques bijoux de famille pour établir un fond public d’investissement chargé de faire exploser les compteurs entrepreneuriaux de la « start-up nation » qu’il promeut un peu partout dans son anglais approximatif de globichophone.

Un rapide calcul montre que la cession en tout ou partie des parts de l’Etat dans ADP, FDJ, Engie et de quelques autres participations de moindre importance pourrait rapporter de l’ordre de 20 milliards, dont la moitié irait au désendettement et l’autre moitié à un fond d’investissement chargé de financer le développement des secteurs d’avenir, soit 10 milliards qui, placés sans prise de risques inconsidérés (je déconseillerais, par exemple, les bons du Trésor argentin, ou les actions Carrefour...) pourraient rapporter de l’ordre de 300 millions par an, sur la base d’un rendement net de 3 %.
Or les seules participations d’ADP, de FDJ et Engie rapportent annuellement plus de 430 millions d’euros en dividendes (en 2017 : 350 M€ pour Engie, 89 M€ pour FDJ et 97 M€ pour ADP)
Cherchez l’erreur…

Il est certes louable de vouloir a) désendetter la France, et b) financer le développement des nouvelles technologies, mais à la stratégie choisie par Macron et son équipe nous objecterons que :
a) lutter plus énergiquement contre la fraude fiscale serait d’un meilleur rendement que de céder des participations qui restent très rentables.
b) le rôle de l’État n’est pas de devenir un concurrent aux investisseurs privés en capital-risque mais plutôt de financer la recherche fondamentale (qui se fait principalement dans les universités et au CNRS) dans les secteurs les plus susceptibles d’alimenter à long terme le progrès scientifique et technique du pays (modélisation des systèmes complexes, génomique, informatique, physique des matériaux…) à moins que le but du jeu ne soit que de pouvoir distribuer discrétionnairement des subventions à tel ou tel entrepreneur bien en cour, via les réseaux de copinage de Mahjoubi et compagnie.
Rappelons également que la désastreuse incompétence de Macron dans l’orientation du destin de l’industrie française ne date pas d’aujourd’hui : lors de son passage au Secrétariat Général de l’Elysée puis au Ministère des Finances, il fut le principal artisan du dépeçage d’Alstom au profit de General Electric (GE) alors qu’une solution européenne était possible (l’accord avec Siemens promu par Montebourg) et qu’on s’aperçoit aujourd’hui que les belles promesses de GE n’étaient que cela : des promesses non suivies d’effet. Au surplus, GE vient d’être éjecté de l’indice Dow Jones... Les inspecteurs des Finances qui se sont piqués de jouer au Meccano industriel ne maîtrisaient jamais grand-chose, sauf un talent très particulier : l’art de parier à tout coup sur des tocards dans le choix des partenaires étrangers des groupes français. Et Macron ne fait hélas pas exception à la règle.

Bref Manupiter n’est ni un bon tacticien ni un grand stratège et cela commence à se voir.
À la longue, il n’y gagnera que de nouveaux surnoms d’oiseaux du genre Manupéteux ou Manupiteux...

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