intérêt et limites du remdesivir

La décision des USA de rafler tout le stock disponible de remdesivir a braqué les projecteurs sur ce traitement du Covid-19

Le remdesivir a pour principal intérêt de raccourcir de quelques jours le délai moyen de séjour en soins intensifs des malades hospitalisés mais n'a pas montré d'impact significatif sur le taux de décès in fine. Ce n'est donc pas un médicament miracle (le seul médicament efficace pour les malades en état grave est la dexaméthasone). Cela dit, au vu de l'actuelle flambée épidémique aux USA, la décision des autorités américaines est rationnelle:

a) d'un point de vue économique: le prix de revient du traitement (de l'ordre de 2000 dollars par patient) sera largement compensé par le raccourcissement du séjour (le coût d'une journée en réanimation en France est de 3000 euros et il est de l'ordre de 50% supérieur aux USA); c'est le versant économique du Service Médical Rendu (SMR) et c'est sur cette base que se négocient les prix que les autorités de santé sont prêtes à payer.

b) d'un point de vue sanitaire: dans les Etats les plus touchés (Floride, Texas, Caroline du Nord, Californie...) les services de réanimation des hôpitaux sont déjà à saturation (un reportage hier sur CNN montrait la situation catastrophique d'un hôpital de San Antonio au Texas où le personnel se retrouve débordé par une arrivée massive de patients gravement atteints, comme cela s'est produit en Europe à Bergame ou à Mulhouse). Tout ce qui peut permettre de libérer les lits de réanimation un peu plus rapidement est donc bienvenu.

Pour autant, le remdesivir ne résoudra pas le problème du chaos sanitaire étatsunien, car la pusillanimité et l'incohérence des autorités locales et nationales et la forte proportion d'obèses et de diabétiques y laissent entrevoir la poursuite de l'hécatombe (les divers modèles épidémiologiques mis en ligne par fivethirtyeight.com prévoient tous entre 150 000 et 200 000 morts d'ici à quelques semaines).

Gilead a pu fixer un prix élevé pour les pays avancés mais a dû consentir des licences gratuites à l'Inde et à d'autres pays moins développés. D'une manière générale, contrairement à ce que veulent croire (y compris sur Mediapart) les dénonciateurs mal informés de la Big Pharma, ni les vaccins ni les autres traitements constituant des enjeux majeurs de santé publique ne sont des activités très rentables pour les laboratoires, car leur production en volume demande des infrastructures coûteuses et la fixation de leurs prix unitaires est fortement contrainte, à la fois par les autorités de santé et par la pression des opinions publiques.

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