Argentine: Macri deviendrait-il progressiste ?

Les dernières mesures fiscales prises par le gouvernement pourraient le laisser croire...

Les toutes dernières mesures fiscales prises ou envisagées par le gouvernement argentin pourraient laisser croire à un virage progressiste:

- augmentation de la taxation des rentes agro-industrielles et minières,

- création d'un impôt foncier fédéral,

- taxation des dépenses touristiques réalisées à l'étranger,

- annulation de la réduction des charges patronales,

- renforcement des budgets d'assistance sociale aux plus démunis,

- transfert aux provinces de la gestion des subventions aux transports.

Macri, qui avait il y a trois mois refusé de donner suite à la suggestion du FMI de ne plus baisser (voire de relever) les taxes à l'exportation sur le soja et le blé, a été cette fois-ci obligé de manger son chapeau et la Société Rurale, qui est le représentant local de l'oligarchie agro-industrielle, en est fort marrie (d'ailleurs son ancien président Etchevehere qui était devenu ministre va être ravalé au rang de secrétaire d'Etat).

Mais je voudrais d'emblée rassurer les nombreux groupies de Philippe Riès et autres adeptes do néo-libéralisme présents sur Médiapart: ces mesures ont été prises sous la pression du FMI et des financiers internationaux qui certes exigent un rééquilibrage fiscal rapide (pour que l'Argentine puisse commencer à rembourser l'an prochain tout ce qu'ils lui ont imprudemment prêté) mais restent conscients du risque politique d'un retour de bâton. Ainsi, un titre du Financial Times sur la position du FMI vis-à-vis de l'Argentine évoquait le danger d'un "political backlash".

Pour le reste, tout comme les autres programmes de "soutien" pilotés à distance par le FMI, les nombreuses coupes budgétaires prévues assureront une dégradation soutenue de l'éducation et de la santé des Argentins, et l'on ne touchera pas aux deux principales causes de la crise financière actuelle, à savoir la libre circulation des capitaux et l'absence de taxation des importations (supprimer la taxe sur l'importation des véhicules de luxe mise en place par le gouvernement kirchneriste fut une des premières mesures prises par le gouvernement Macri et cela n'est pas pour l'instant remis en cause; le droit quasi-constitutionnel des anciens et nouveaux riches argentins à rouler en Porsche, en Ferrari, en BMW ou en Mercedes reste d'actualité).

Bref, c'est "business as usual": la monnaie s'effondre, les déficits fiscaus et commerciaux se creusent, mais on n'agit pas sur les véritables causes du désastre.

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