Perquisitions abusives

La judiciarisation du combat politique se généralise.

La tentative de perquisition, organisée ce matin à Mediapart par un procureur agissant sans mandat d'un juge, est scandaleuse et doit être dénoncée, non seulement au nom de la protection des sources des journalistes mais aussi au titre des motifs allégués: atteinte à la vie privée de Monsieur Benalla, usage illégal de moyens d'enregistrement de conversations privées... Comme si les journalistes de Mediapart s'étaient mué en plombiers de la DST sévissant au temps du pompidolisme finissant...

On croit rêver, sauf qu'il s'agit bien d'un cauchemar démocratique, hélas.

La perquisition des locaux de la France Insoumise, bien que conduite dans le cadre d'une instruction, était également abusive dans la mesure où avaient été saisis des ordinateurs contenant des fichiers et courriels d'adhérents: que des policiers s'emparent de dossiers concernant la vie interne d'un parti politique d'opposition est très inquiétant, quel que soit le jugement que l'on porte sur la forme de la protestation qu'ont choisie ses dirigeants à l'encontre de cette opération.

La règle d'or de l'action judiciaire et policière en régime d'état de droit est et doit rester le principe de proportionnalité, bien mis à mal depuis quelque temps, qu'il s'agisse de l'opposition de gauche, des manifestations de rue ou maintenant de la Presse d'investigation.

Ceci étant dit, il ne faut pas oublier que la judiciarisation du combat politique par l'instrumentalisation d'une justice au service de forces politiques socialement réactionnaires et économiquement néo-libérales est encore plus intense en Amérique Latine, comme le Brésil et l'Argentine en ont fait l'amère expérience ces dernières années.

L'appareil judiciaire et policier au service de Macron semble prendre le même chemin que ceux qui ont organisé l'accession au pouvoir de Macri et de Bolsonaro.

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