Biden domine Sanders... pour perdre contre Trump

Le duel des papys a tourné à l'avantage de papy Joe

Le maintien de la candidature Warren a davantage nui à Sanders (cf. la victoire de Biden dans le Massachusetts) que l'irruption de Bloomberg n'a handicapé Biden: la dynamique créée par le vote de l'autre semaine en Caroline du Sud et par les ralliements multiples à Biden des autres (ex-)candidats "centristes" (Buttigieg, Klobuchar, O'Rourke, Steyer), ralliements orchestrés dans la foulée par l'appareil du Parti a joué à plein: Sanders ne remporte que "son" Etat du Vermont et quelques Etats de l'Ouest et même en Californie, il n'a qu'une dizaine de points d'avance sur Biden.

Comme en 2016, mais de manière plus habile et sans avoir besoin de recourir à des tricheries grossières, l'appareil démocrate va réussir à éliminer Sanders.

Pour prix de son ralliement, en cas de victoire démocrate en novembre, on a fait miroiter à Buttigieg un poste d'ambassadeur à l'ONU (où il pourra exercer ses dons de polyglotte, et en prime, il y a quand même davantage de bars "gay-friendly" à Manhattan qu'en Indiana...) et il y a aussi des rumeurs d'un ticket Biden-Warren permettant de donner une coloration plus "progressiste" à la candidature de papy Joe.

On peut envisager que l'épidémie commençante de coronavirus rende plus aigü le besoin de réorganisation du secteur de la santé, principal cheval de bataille des "progressistes" et surtout fasse dégringoler la Bourse... et conséquemment la cote de Trump, qu'il a lui-même pris soin d'indexer sur le Dow-Jones. Bref, comme Obama en 2008, Biden pourrait bénéficier du prochain krach boursier.

Mais Biden est une caricature de vieux crocodile nageant dans le marigot washingtonien depuis un demi-siècle et ce sera très dur de mobiliser sur son profil l'électorat populaire massivement abstentionniste dont les Démocrates auront impérativement besoin pour gagner.

L'autre problème de Biden est que dans les Etats de la "Rust Belt" c'est Sanders qui est donné en tête dans l'électorat des classes moyennes inférieures blanches. Or c'est ce segment de l'électorat dont le basculement avait fait l'élection de Trump il y a 4 ans.

De plus, Trump n'a pas dit son dernier mot: la campagne anti-Biden des Républicains à propos des magouilles ukrainiennes du fils Biden va reprendre de plus belle. Bref, sauf combinaison possible (mais pas certaine) du coronavirus avec un krach boursier survenant d'ici septembre-octobre, Trump garde toutes ses chances d'être réélu.

Et si jamais le coronavirus venait à bout de papy Joe avant l'élection, l'appareil démocrate pourra toujours jouer à nouveau la carte Bloomberg (on peut déjà presque imaginer Biden sur son lit de mort suggérant que "mini-Mike" reprenne le flambeau)

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