En Catalogne (2/3) : au pays des rubans jaunes et des hirondelles

Ce deuxième billet catalan et le suivant seront consacrés à la Catalogne Sud ou j’ai effectué une petite virée touristico-familiale pendant la dernière décade d’août.

Premier constat : de l’autre côté des Pyrénées, dans les bourgades de montagne de l’arrière-pays, à La Pobla de Segur ou à Sort on a voté massivement pour les partis favorables à l’autonomie-indépendance (on ne sait pas très bien…) : à Sort, aux élections de 2017, les partis de la coalition catalaniste (JxCat, ERC, CUP) ont obtenu plus des 3/4 des suffrages exprimés et le Partido (im)Popular (PP) moins de 3 %, avec une participation supérieure à 82 %.

Il ne faudrait cependant pas croire qu’à Sort et ailleurs la Droite se réduit aux maigres 13 % obtenus en ajoutant les 10 % de Ciudadanos au minuscule score PP : à ce que j’ai pu voir et entendre, les nationalistes catalans traditionalistes (les électeurs de Puigdemont et son parti) sont aussi culs-bénits et, à leur manière étroitement localiste, aussi idéologiquement réactionnaires que leurs adversaires crypto-franquistes du PP, ce qui ne m’a pas vraiment surpris : si le patriotisme véritable n’est pas souvent de Droite, le nationalisme exacerbé n’est quant à lui jamais de Gauche.

Cela dit, ces habitants de la Catalogne périphérique (comme on parle de la France périphérique) se sont fortement mobilisés contre la répression lors du référendum d’octobre dernier interdit par le pouvoir central, et dans toute la province de Lleida, l’irrédentisme catalan est plus vigoureux que jamais, encore renforcé depuis l’an dernier par la protestation contre l’emprisonnement des dirigeants catalanistes par « Madrid ». (quand on dit « Madrid » par là-bas, cela revient un peu à évoquer « le Grand Satan » du côté de Téhéran).

Dans les hautes vallées qui serpentent entre l’Andorre et le Val d’Aran, les panneaux indicateurs à l’entrée des villages et des hameaux portent partout la mention « Republica Catalana » ajoutées en lettres vertes fluorescentes. Au long des rues de chaque village, les rubans jaunes symbole de la revendication catalane sont omniprésents, et les portraits de Puigdemont et ceux de ses collègues emprisonnés sont partout affichés en bonne place :

img-20180821-124200

img-20180821-100330

Sort a même anachroniquement enrôlé au service de la cause le buste du général Moragues, un officier anglophile (quelle idée...) et austrophile dont l’épouse était native de Sort et qui fut emprisonné à Barcelone après la victoire des Bourbons et la signature du Traité d’Utrecht (1713) qui vit la consolidation de Philippe V sur le trône d’Espagne et (déjà) la fin de l’autonomie catalane. Moragues fut exécuté deux ans plus tard après une tentative d’évasion manquée et il est resté un héros de la lutte séculaire des Catalans pour leur autodétermination :

img-20180821-122449

 

 

 

 

 

 

 

Les symboles du nationalisme catalan s’affichent à beaucoup de balcons, que ce soit le drapeau catalan sang et or « de base » ou la version étoilée des indépendantistes (l’estelada), on y trouve aussi le slogan Democracia associé à un visage baillonné pour évoquer l’interdiction du référendum d’autodétermination. Les slogans "Som Republica" et "Llibertat Prisoners Politics" se lisent également un peu partout :

img-20180821-125913

img-20180821-101744

 

img-20180820-194231-1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


En cherchant bien, j’ai quand même trouvé dans une rue de Sort un balcon arborant un drapeau « unioniste » (c’est-à-dire espagnol, ne confondons pas avec l’Irlande du Nord, c’est déjà assez compliqué comme ça !) mais plutôt défraîchi :

img-20180821-101640

 

 

 


Lorsque l’on discute avec les catalanistes, on se rend compte que les plus jeunes comptent parmi les plus farouches partisans de l’indépendance, animés qu’ils sont par une révolte qu’il sera difficile de canaliser contre les brutalités policières de Rajoy et également pleins de défiance envers Sanchez (à mon avis, ils n’ont pas tort de se méfier du PSOE...) alors que les plus âgés se contenteraient volontiers d’obtenir le même niveau d’autonomie que les Basques.

Les Catalans en veulent aussi beaucoup à l’Europe de ne pas les avoir soutenus contre Rajoy, ce qui démontre une certaine naïveté et une grave méconnaissance des structures institutionnelles de l’Union Européenne.

À part les rubans jaunes, j’ai observé avec plaisir à Sort un grand nombre d’hirondelles qui nichent un peu partout sous les toits ou dans les recoins des maisons et cela m’a fait plaisir, car je n’avais plus vu autant d’hirondelles depuis bien des années.

img-20180821-120747

 

 

 

 

 

 

Pour autant, une hirondelle ne fait pas le printemps, et les charmantes arondes voletant joyeusement par dizaines dans le ciel de Sort n’annoncent pas encore l’avènement de la République Catalane.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.