Michel DELARCHE
retraité de l'ingénierie informatique et aéronautique et de l'enseignement dit supérieur (anglais de spécialité), écrivain et esprit curieux
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Billet de blog 5 oct. 2021

Chevaux de retour en Argentine

La dégringolade du vote péroniste aux primaires dans la province de Buenos Aires, qui est traditionnellement son principal réservoir de voix, a semé la panique dans le gouvernement Fernandez & Fernandez.

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Le président Fernandez avait pris à la légère ceux qui dans son camp avaient sonné l’alarme quant au niveau atteint par le rythme d’inflation annuelle et le taux de pauvreté (tous deux aux environs de 45 %) mais les primaires ont eu le même effet d’électrochoc que celui que les primaires présidentielles de 2019 avaient provoqué au sein de la Droite macriste. Une version locale du "quoi qu'il en coûte" a été lancée en catastrophe pour essayer de convaincre l'électorat populaire de ne plus bouder les urnes.

Du coup, la vice-présidente a fait monter publiquement la pression pour déclencher un remaniement du cabinet. Elle n’a pas obtenu la tête des principaux ministres économiques (Kulfas et Guzman) dont la politique de semi-rigueur budgétaire, imposée pour cause de négociations en cours avec le FMI, a été jugée responsable de la défaite, mais elle a provoqué la réapparition aux affaires de quelques chevaux de retour qui représentent le pire du péronisme traditionnel.

Ainsi le nouveau chef de cabinet est Juan Manzur, gouverneur de la province de Tucuman, où il a succédé à son mentor Alperovich, actuellement suspendu de ses fonctions mais toujours titulaire de son poste de sénateur malgré les multiples accusations de harcèlement et de viol portées contre lui.

Alperovich a accumulé au fil de ses mandats politiques, une fortune personnelle considérable à travers ses multiples activités dans l’immobilier et dans la vente d’automobiles.

De manière similaire, en parallèle avec sa carrière politique, Manzur a bâti une importante fortune personnelle dans le secteur de la pharmacie et des équipements de santé, où il opère en connivence avec les bureaucrates de la CGT comme H. Daer (chef du syndicat des travailleurs de santé) qui gèrent les œuvres sociales des syndicats et leurs centrales d’achat de médicaments. Il est aussi très lié à l’industriel de la pharmacie Hugo Sigman qui réclama publiquement que Manzur entre au gouvernement pour s’occuper de ce juteux secteur. Manzur avait d’ailleurs déjà été ministre de la Santé sous la présidence de CFK.
D’après sa déclaration patrimoniale, il est de loin le plus fortuné des membres du cabinet avec une fortune personnelle déclarée de 2100 millions de pesos (soit environ 21 millions d’euros au cours officiel). Ce ne sont évidemment pas ses émoluments de politicien qui lui ont permis d’accumuler un tel patrimoine, mais ses pratiques de partage du gâteau des mutuelles ouvrières avec la bureaucratie syndicale. Manzur a également pris le contrôle de la conserverie d’olives Nucete en 2014 grâce aux pressions exercées depuis le gouvernement central.

En digne successeur d’Alperovich, Manzur est un représentant archétypique du caudillisme péroniste toujours en place dans les provinces, surtout dans les régions les plus sous-développées du Nord argentin. L’un et l’autre représentent le lobby pro-israélien au sein de la Droite péroniste (Manzur est un chrétien maronite d’origine libanaise) ce qui contraste avec l’antisémitisme traditionnel d’autres clans de la Droite péroniste (et en particulier de la mafia syro-libanaise des Telleldin, Yoma, Kanoor Edul, Yabran etc. dont le référent était le feu président Carlos Menem).

Manzur est un allié de longue date du président Fernandez, et il était déjà question qu’il ait un poste important lors de l’arrivée au pouvoir du tandem Fernandez & Fernandez il y a deux ans, mais son affairisme et sa réputation de politicien droitier avaient alors conduit le nouveau président à le laisser prudemment de côté.

Parmi les chevaux de retour du péronisme « canal historique », on retrouve également Julian Dominguez et Anibal Fernandez, les deux frères ennemis péronistes de la désastreuse campagne des primaires de 2015 dans la province de Buenos Aires, qui avait permis à Vidal d’emporter la province et de créer une dynamique favorable à Macri. À l’époque, Anibal accusait Julian de faire courir de méchants bruits à son sujet pour nuire à sa campagne (voir cet ancien billet :

https://blogs.mediapart.fr/michel-delarche/blog/040815/irruption-du-narcotrafic-dans-la-campagne-electorale-argentine ) et voici qu’ils se retrouvent ensemble au gouvernement, l’un à l’agriculture et l’autre à l’intérieur. Le péronisme est une grande famille...

Anibal Fernandez a été mis en cause dans diverses affaires de fraude électorale et de narcotrafic et les magouilles du football n’ont pas non plus de secret pour lui: il appartint à la direction du club de Quilmes et utilisait les gangs du football comme gros bras dans les campagnes électorales; il fut aussi impliqué dans les malversations du Futbol para Todos : https://blogs.mediapart.fr/michel-delarche/blog/171117/reglements-de-compte-entre-peronistes).

Le nommer ministre de l’intérieur revient donc à recruter un éminent spécialiste de tous ces aspects de la criminalité argentine...

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