La diffusion du coronavirus

Il manque encore quelques semaines de recul pour estimer l'ampleur de l'épidémie et sa transformation possible en pandémie.

Dans les modèles de propagation des épidémies, les deux paramètres-clés pour en évaluer l'ampleur et la gravité sont le coefficient de contagion (combien  de personnes un malade peut contaminer) et le taux de mortalité.

Les estimations actuelles des épidémiologues sont de l'ordre de 3 à 4 pour le facteur de contagion et de 2 à 4% pour le taux de décès, sachant que ce taux est le plus élevé pour les personnes âgées souffrant d'autres affections et en particulier de maladies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque etc.)

Les modèles déterministes ou stochastiques de type SIR (variante considérant que les malades guéris ont éliminé le virus et deviennent immunisés) font ressortir une flambée exponentielle au démarrage de l'épidémie puis atteignent rapidement un pic pointu suivi d'une lente décroissance. Le point d'inflexion marquant une baisse de rythme des nouvelles contaminations survient généralement assez peu de temps avant le pic.

Dans la période actuelle, le nombre de décès en Chine, qui est à mon avis un indicateur un peu retardé mais plus fiable de la dynamique de propagation que le nombre de malades officiellement déclarés (davantage susceptible de sous-estimation volontaire ou involontaire), continue d'augmenter quotidiennement: on en était à 45-50 morts par jour il y a une semaine et on a atteint ces derniers jours une fourchette de 65 à 75 morts par jour, signe que l'on en est encore au stade de croissance exponentielle de l'épidémie.

Dès que l'on observera une baisse du nombre quotidien de nouveaux décès on sera absolument certain d'être tout proche du pic de l'épidémie, du moins pour ce qui concerne la Chine.

Mais le plus inquiétant au stade actuel est la forte probabilité d'une diffusion mal cernée de la maladie dans des pays ayant des systèmes de santé moins développés et insuffisamment équipés pour détecter et confiner les porteurs du virus.

Des modèles de diffusion s'appuyant sur le nombre de passagers aériens en provenance de Wuhan arrivés dans divers pays asiatiques avant l'interruption des vols, montrent que le taux de détection et de report est certainement sous-estimé au Cambodge, en Thaïlande et surtout en Indonésie: dans ce pays de 279 millions d'habitants fortement lié à la Chine, un seul cas a été officiellement détecté. Le même problème se pose pour l'Afrique, ou la présence chinoise s'est énormément développée depuis une vingtaine d'années et où aucun cas n'a été officiellement signalé.

Il faut espérer que l'épidémie ait été maîtrisée avant l'été et en particulier avant la période du Hadj (fin juillet-début août) où la convergence de nombreux pélerins à La Mecque en provenance du monde entier pourrait créer une opportunité de rediffusion massive du virus, avec les conséquences désastreuses qu'on peut imaginer en termes de stigmatisation des communautés musulmanes: il suffit de se remémorer les agressions racistes indistinctement subies à Paris et ailleurs aussi bien par les touristes chinois que par les Français d'origine chinoise (dont la plupart n'ont pourtant pas mis les pieds en Chine récemment !) ces dernières semaines pour imaginer sur quoi cela pourrait déboucher...

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