Dernière ligne droite avant les primaires en Argentine

Dimanche 11 août se déroulent les élections primaires ouvertes simultanées et obligatoires (PASO) pour sélectionner les candidats à la prochaine élection présidentielle du 27 octobre.

Contrairement à l'intention qui avait conduit à leur institution, l'enjeu de ces élections primaires n'est pas de choisir entre plusieurs candidats d'un même parti (plus précisément , de permettre aux péronistes divisés de définir démocratiquement leur chef de file) mais de constituer un sondage grandeur nature à deux mois et demi de l'élection proprement dite.
Subsidiairement, elles permettront de déterminer lesquels des "petits candidats" passeront la barre de 1,5% des suffrages et pourront ainsi se présenter en octobre. Les fourchettes des derniers sondages publiés font apparaître qu'il y aura très probablement cinq candidats au premier tour de la présidentielle:
Fernandez (péronisme social-nationaliste): 40-44%
Macri (droite néo-libérale sortante): 33-38%
Lavagna (centre-droit industrialiste): 8-10%
Espert (libertarien): 3-6%
FIT (trotskystes): 2-4%

La plupart des sondages interrogent moins de 2000 personnes et beaucoup sont des enquêtes menées par téléphone ce qui introduit des biais difficiles à estimer et donc à corriger (de moins en moins de gens sont équipés d'un téléphone fixe et ils sont généralement plus âgés et plus aisés et donc plus à Droite que la moyenne). Les sondages sont donc à prendre avec des pincettes. On peut néanmoins en tirer les conclusions suivantes:

1°) Fernandez sera au-dessus de 40% des voix et plus ou moins proche de la barre des 45% permettant d'être élu au premier tour, mais l'éclatement du péronisme lui rendra la tâche difficile. Sa seule chance de gagner serait, à mon avis, de remporter l'élection présidentielle dès le premier tour. Comme le décompte des 45% se fait sur la base des suffrages exprimés, un pourcentage de blancs et nuls de l'ordre de 3,2% (chiffre du premier tour de 2015) met en réalité la barre à 43,5%. Si Fernandez ne gagne pas au premier tour, Macri aura comme en 2016 de bonnes chances de l'emporter au second tour avec le report de toutes les voix d'Espert et d'une partie des voix de Lavagna (et le bombardement médiatique d'entre-deux-tours sur le thème Kirchnérisme = Vénézuela fera le reste).

2°) Macri a réussi son opération de polarisation anti-kirchnériste : malgré son propre désastreux bilan économique et financier, il parvient à améliorer son score de 2015 : face aux plus de 38% du péroniste Scioli, il n'avait alors obtenu que 30% aux primaires, ce qui ne l'avait pas empêché de remporter l'élection au second tour, malgré les plus de 8% de différence en sa défaveur au premier, car Massa (aujourd'hui allié à Fernandez) et De La Sota (alors gouverneur de Cordoba, la seconde plus grosse province du pays) s'étaient ralliés à Macri pour faire battre Scioli.

3°) Lavagna n'a pas réussi à récupérer les déçus du macrisme mais pourra quand même jouer le rôle de faiseur de roi qui fut celui de Massa en 2015 (l'auto-proclamée "voie du milieu" avait alors obtenu 20,5 % des voix).

4°) Espert est également victime à la fois de la polarisation macrisme-kirchnérisme et de son propre positionnement libéral sur le plan sociétal ; Lopez-Murphy, qui fut candidat en 2003 sur un programme ultra-libéral en économie, était aussi très conservateur sur le plan sociétal, et il avait obtenu 15% des voix.

5°) Comme souvent chez nous, les trotskystes joueront le rôle d'idiots utiles au service de la Droite: leurs quelques centaines de milliers de voix du premier tour pourraient permettre à la droite néo-libérale de se succéder à elle-même au second.

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