Les Ripoublicains: que le meilleur gagne

Vu de Buenos Aires, le processus de sélection du prochain cheffaillon des Ripoublicains est un non-événement, ce qui, me semble-t-il, ramène la chose à sa juste proportion. Mais comme ce blogue n'est pas impérativement dédié à des sujets essentiels j'ai tout de même décidé de lui consacrer un billet.

En prolégomène aux réflexions qui suivent, il convient d'avertir le lecteur qu'il doit avoir compris que le prochain chef des Ripoublicains a comme mission principale de contribuer à faire réélire Macron en 2022: notre actuel président donne toute satisfaction à l'oligarchie financière qui l'a promu en tant que substitut à l'invendable Fillon et elle n'a absolument pas envie de changer de cheval au milieu du gué qui doit emmener les happy few vers un avenir radieux (pour le reste de la population, c'est plutôt d'une autre chanson qu'il s'agit, par exemple ce refrain d'Atahualpa Yupanqui: « Las vaquitas son ajenas, las penas son de nosotros ».)
Autrement dit, le prochain chef des Ripoublicains doit représenter une culture politique durablement minoritaire et peu attirante pour les électeurs de Macron et il doit faire preuve de capacités limitées à enthousiasmer les foules (trouver à droite un équivalent à Mélenchon n'est pas à l'ordre du jour, sauf si la cote de Macron, déjà bien pâle, continuait à se dégrader).

Dans ce cadre de réflexion, mon premier grand regret fut la non-qualification du sieur Fasquelle en raison d'un déficit de parrainages. N'étant pas très au fait de la vie interne du « grand parti de la Droite et du Centre » (rayez les mentions inutiles) je n'ai découvert qu'assez tardivement l'existence du député Fasquelle et ce grâce à La Chaîne Parlementaire. En effet, il fut membre de la commission d'enquête parlementaire créée pour traiter de l'affaire Cahuzac, commission dont les débats étaient retransmis sur le dit canal.
Au sein d'un aréopage dont les membres n'étaient pourtant pas tous des flèches, Fasquelle se distingua par son éminente nullité, s'emmêlant dans la chronologie des faits, posant des questions auxquelles une réponse avait été fournie cinq minutes auparavant etc.
Il fut aussi nommé trésorier du Parti et je m'attendis à trouver son nom dans les copieuses listes des Panama Papers et maintenant des Paradise Papers, ou à défaut dans les dossiers d'une certaine banque suisse qui défraya la chronique. Ce ne fut pas le cas, ce qui en fait a priori un homme politique dont l'intégrité personnelle serait irréprochable, malgré la fâcheuse et récurrente tendance de son parti à intensifier la circulation d'enveloppes d'argent liquide en période de campagne électorale.
Mais il y a malheureusement, compte tenu de sa piètre prestation dans l'enquête Cahuzac, une explication moins charitable à cette absence: ses connaissances limitées en matière de géographie fiscale n'iraient pas jusqu'aux Bermudes ou aux îles Cayman et il n'aurait pas forcément tout compris de ce que ses compères Woerth et Guéant n'ont pas dû manquer de lui expliquer. Enfin, contrairement aux plus lucides de ses congénères, Fasquelle a soutenu Fillon sans moufter pendant toute la dernière campagne présidentielle, ce qui dénote un niveau de platitude encéphalogrammatique qui mérite d'être salué. Bref, pour un parti à la recherche du tocard idéal devant remplir le finalement pas si grand vide laissé par Fillon, Juppé et Sarkozy, Fasquelle eût été un excellent candidat. Mais assez parlé des absents, venons-en aux trois concurrents en lice.
Florence Portelli souffre de nombreux handicaps, le principal étant d'être une femme et le second d'être jeune, ce qui dans un parti de vieux croûtons machistes ne manquera pas de rendre sa candidature purement symbolique. Faire de la figuration, et qui plus est de la figuration intelligente, n'est pourtant pas à la portée de tout le monde, surtout au sein de ce parti-là, ce qui devrait lui garantir d'obtenir un poste au sein de l'organigramme.
Heureusement pour elle, l'atmosphère actuelle de dénonciation des actes de harcèlement sexuel lui épargnera sans doute bien des épithètes grossières et quelques hématomes fessiers. Par ailleurs, elle semble moins pesamment droitière que la moyenne des membres de son parti, ce qui la met notoirement en porte-à-faux par rapport à l'objectif que j'ai énoncé en introduction, à savoir d'être le candidat de la Droite qui fera réélire Macron en 2022.
Bien qu'étant un garçon, Maël de Calan souffre de handicaps presqu'aussi rédhibitoires que sa petite camarade précitée: il est jeune et étiqueté juppéiste (autant dire islamo-gauchiste dans la culture politique de la majorité des Ripoublicains).Bref, lui aussi est destiné à faire de la figuration et à siéger quelque part à la gauche du prochain chef de la bande (car à la droite du chef, c'est déjà le trop-plein).
Reste Laurent Wauquiez: il joue à fond la carte de l'identitaire catho amidonné, dans une version maréchal-lepéniste-dry, ce qui correspond bien à l'état idéologique actuel des Ripoublicains les plus désespérément orphelins du fillonisme.
Il me semble qu'on peut faire confiance aux sondages qui lui promettent une élection triomphale. Le club de Rantanplans gâteux à quoi se réduisent les forces abusivement qualifiées de « vives » de ce parti-croupion a déjà démontré un flair infaillible pour choisir le plus invraisemblable collectionneur de vestes et costumes comme candidat à la présidentielle.
Dans la continuité de ce choix désastreux, Wauquiez sera très bien.

 

 

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