Le pétrole au palier de 60 dollars le baril

Comme envisagé par les analystes sérieux (et par votre serviteur qui ne se considère pas comme un professionnel du secteur : https://blogs.mediapart.fr/michel-delarche/blog/171216/la-resistible-remontee-du-prix-du-petrole ) le prix du pétrole tourne en cette fin d’année 2017 autour de 60 dollars le baril.

Comme envisagé par les analystes sérieux (et par votre serviteur qui ne se considère pas pour autant comme un professionnel du secteur : https://blogs.mediapart.fr/michel-delarche/blog/171216/la-resistible-remontee-du-prix-du-petrole ) le prix du pétrole en cette fin d’année 2017 tourne autour de 60 dollars le baril (mais contrairement à ce qui était annoncé l'an passé, la privatisation partielle d’Aramco n’a toujours pas été lancée et il est toujours possible que le nouveau pouvoir séoudien, absorbé par son activisme géopolitique et ses luttes internes, abandonne le projet ou le reporte sine die).
Il est intéressant d’analyser les fluctuations de la production et des stocks à partir des moyennes lissées sur 12 mois publiées par l’Agence Internationale de l’Energie (ici : https://www.iea.org/oilmarketreport/omrpublic/) afin de dégager de vraies tendances de fond en s’abstrayant autant que possible de l’inévitable volatilité qui touche toute marchandise faisant l’objet de placements spéculatifs (rappelons que plus de 95 % des opérations d’achat et vente de pétrole sur les marchés de matières premières relèvent de la spéculation financière et pas des besoins réels de l’économie).
La consommation de pétrole continue d’augmenter au rythme d’environ 1,5-1,7 % par an (l’impact de la généralisation des automobiles électriques ne se fera sentir qu’à partir de 2025) soit un peu plus de 1,5 Mb/j (million de barils par jour).

La production est présentement limitée par trois facteurs :

a) l’accord OPEP-Russie d’auto-limitation de l’extraction pour faire remonter les cours (accord qui vient d’être renouvelé jusqu’à fin 2018)

b) les difficultés politiques internes de certains gros producteurs (Vénézuela, Nigéria, Irak…)

c) le manque de rentabilité de certaines productions (pétrole de schiste ou offshore profond sur les sites marginaux)
Le Financial Times rappelait samedi dernier dans sa colonne Lex que la production étatsunienne de pétrole avait atteint 9,5 Mb/j en septembre tout près du record de 2015, qui semble un plafond, car même si certains pensent que la production pourrait encore monter de 15 % le financement en reste précaire : les 17 compagnies les plus importantes sont au 2/3 en pertes cette année et l’indice S&P du secteur est à la traîne par rapport aux majors traditionnelles, signe que les financiers répugnent désormais à investir dans l’extraction non-conventionnelle, que ce soit en prenant des participations dans ces compagnies ou en leur achetant des obligations (qui sont des « junk bonds » à haut rendement mais à haut risque). Le pétrole américain ne redeviendra une source de perturbation de la stratégie régulatrice de l’OPEP qu’à partir de 70 dollars/baril.

Depuis plusieurs mois, les stocks des pays de l’OCDE se sont stabilisés autour de 1200 Mbaril dont environ 500 aux USA (la dernière statistique hebdomadaire de l’agence américaine fait état d’un stock de 448 Mbaril).
Si l’on compare l’évolution de la production (toujours en moyenne lissée sur 12 mois) entre janvier et juin, on voit que l’écart par rapport à 2016 qui était de 600 kb/j en début d’année aux USA est tombé à 200 kb à mi-année, ce qui représente une forte baisse.
Sont également à la baisse cette année par rapport à la production de l’an passé (et sans grosse variation de l’écart depuis le début de l’année) les pays suivants (je n’ai retenu que ceux pouvant avoir un impact significatif donc une variation supérieure à 100 kb/j) :

  • Chine : -300 kb/j
  • Vénézuela : -300 kb/j
  • Nigéria : -300 kb/j

En sens inverse, quelques pays ont vu une progression moyenne de leurs extractions d’une année sur l’autre, malgré les accords de régulation :

  • Brésil : +200 kb/j
  • Russie : +200 kb/j
  • Emirats : +100 kb/j

L’Arabie Séoudite, qui est le principal architecte de ces accords, a stabilisé ses extractions d'une année sur l'autre.

On voit donc que la chute de la production dans quelques pays (pour des raisons diverses : piraterie et sabotages de protestation des activistes du delta au Nigéria, conflits politiques au Vénézuela, crise de financement et mauvaise gestion des producteurs chinois) a grandement facilité la politique de régulation de l’offre mise en place depuis un an par l’OPEP et la Russie. Une autre statistique intéressante est le niveau de couverture de la demande attendue : en moyenne lissée sur 12 mois, elle reste très stable autour de 30 jours de consommation, signe qu’on a atteint un régime d’équilibre.

La stratégie de l’OPEP et de ses alliés va donc être de maintenir la pression sur les pétroliers étatsuniens non-conventionnels en maintenant le plus longtemps possible les prix au dessous de 70 dollars/baril.

On peut donc prévoir que, sauf accident géopolitique au Proche-Orient, une bande de fluctuation de 55 à 65 dollars/baril restera à l’ordre du jour tout au long de 2018, mais que la pression à la remontée des cours, du fait du sous-investissement dans l’exploration-production qui dure depuis maintenant trois ans, commencera à changer la donne à partir de 2019-2020, avec une remontée progressive des non-conventionnels étatsuniens et une relance de la volatilité.

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