Michel DELARCHE
retraité de l'ingénierie informatique et aéronautique et de l'enseignement dit supérieur (anglais de spécialité), écrivain et esprit curieux
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Billet de blog 8 févr. 2021

2021 année électorale en Argentine

Les élections de mi-mandat approchent et les grandes manoeuvres politiciennes ont commencé

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La distribution des rôles au sein de la classe politique est classique et déjà bien rodée:

- La Droite a du mal à maintenir son unité entre l'aile technocratique et "dialoguiste" représentée par le maire de Buenos Aires Horacio Rodriguez Larreta (qui se cache à peine de viser la présidentielle de 2023) et par l'ex-gouverneure Vidal, l'ex-ministre Lousteau et leurs affidés, d'une part, et l'aile idéologique et "confrontationiste" représentée par la délirante et narcissique Elisa Carrio (dont je vous ai déjà expliqué qu'elle représentait pour moi un hybride de Ségolène Royale, pour son culot et sa démagogie, et de Christine Boutin pour son tropisme  catho-réac et ses bouffées mystiques), et par l'ex-ministre de l'intérieur Patricia Bullrich qui se revendique d'une politique sécuritaire ultra-répressive (une sorte de préfet Lallement en version femelle, pour vous fixer les idées) sans oublier l'ex-président Macri qui vient d'annoncer la sortie d'un livre intitulé "Primer Tiempo" (première mi-temps), titre qui en dit beaucoup sur son désir de revanche. Lousteau, qui vise un poste auprès de HRL dans la Capitale (mais il est en compétition avec Vidal et HRL se garde bien de trancher), car c'est la circonscription la plus sûre du pays pour la Droite, est sorti du bois la semaine dernière en parlant de l'héritage de Macri, ce qui était une façon élégante de le pousser à prendre une retraite (pas vraiment) méritée.
- Le centre-gauche est représenté par l'actuel président péroniste Fernandez, flanqué sur sa droite de l'homme se réclamant de "la large avenue du milieu" Sergio Massa (qu'on peut donc se représenter comme une variété de Bayrou portègne, en moins cureton mais tout aussi purement politicien) et sur sa gauche de l'ex-présidente Cristina Fernandez de Kirchner (CFK).
Pour compléter le tableau, on doit mentionner l'extrême-gauche trotskiste du FIT et l'ultra-libéralisme "libertarien" d'Espert, qui font tradtionnellement de la figuration entre 1 et 2% des voix.
Ayant l'avantage de contrôler le pouvoir central, et donc les subsides fédéraux aux provinces qui crient famine, Fernandez en use pour tenir sous contrôle les gouverneurs péronistes et une partie des autres quémandeurs.
Qualifier la politique de Fernandez de "Centre-Gauche" me semble la manière la plus adéquate de la caractériser. D'ailleurs, les péronistes "canal historique" ne s'y trompent pas: l'ineffable Guillermo Moreno a traité l'autre jour le président Fernandez de "social-démocrate" (ce qui, dans la mentalité sociale-nationaliste du péronisme traditionnel, est une injure grave!) Les médias de Droite se plaisent à dépeindre un Fernandez otage de sa vice-présidente gauchiste qui voudrait que l'Argentine devienne un second Vénézuéla, mais il s'agit en fait davantage d'un partage des tâches entre eux que de divergences politiques de fond, qui passeraient de toute manière au second plan dans le contexte d'urgence induit par la présente pandémie. La Droite est d'autant plus remontée ces jours-ci qu'après le vote de la loi, le décret présidentiel instituant l'impôt exceptionnel sur les grandes fortunes vient de sortir. Comme le FMI avait demandé à Fernandez une réforme fiscale, on peut considérer que ce nouvel impôt est un premier signal envoyé vers le FMI, avec qui les négociations sur la dette doivent reprendre en mars. On peut aussi supposer que ce n'est pas le genre de signal que le FMI espérait...

La plupart des gouverneurs, quelle que soit leur couleur politique, sont des caudillos aux réflexes claniques voire mafieux qui règnent en maîtres absolus sur leurs provinces respectives à coup de clientélisme et de répression tous azimuts des opposants, en utilisant pour cela leur contrôle du pouvoir judiciaire local (comme le démontre depuis des années Gerardo Morales à Jujuy aux dépens de Milagro Sala), et ce parfois depuis parfois plusieurs décennies, comme la famille Rodriguez-Saa à San Luis, la famille Kirchner à Santa Cruz, le gang Alperovich-Mansur à Tucuman et l'inénarrable Gildo Insfran à Formosa (Insfran se trouve depuis quelque temps au centre d'une polémique soigneusement entretenue par la Droite quant aux conditions de séjour dans les centres de mise en quarantaine qu'il a installés dans sa province.)

On débat présentement de l'éventuel suppression des PASO (les Primaires Ouvertes Simultanées et Obligatoires), un mécanisme inventé par Nestor Kirchner qui devait permettre aux péronistes de laver leur linge sale en famille avant de se présenter unis derrière le candidat arrivé en tête aux primaires lors des élections proprement dites.
Mais cela n'a jamais marché comme prévu: en 2015, CFK elle-même avait refusé d'y participer et s'était présentée contre la liste officielle péroniste. Du côté de l'opposition l'écart idéologique entre Radicaux et macristes ne leur a jamais permis non plus de se sentir à l'aise avec ce système. Il n'est donc pas impossible que, sous le prétexte de la pandémie, les PASO soient supprimées cette année et peut-être définitivement, car ce système ne peut marcher que lorsqu'il n'y a que des enjeux interpersonnels de pouvoir sans divergences politiques marquées entre les différents clans, ce qui était le cas du péronisme jusqu'à l'émergence du kirchnérisme qui, dans sa version CFK, a fortement contribué à cristalliser institutionnellement la coupure entre la Droite et le Centre-Gauche au sein du Parti Justicialiste.
Le résultat des élections dépendra évidemment, comme partout ailleurs, de l'évolution de la situation sanitaire et de son impact économique et social: le maintien d'un niveau élevé d'inflation (4% pour le seul mois de janvier) et la forte croissance du taux de pauvreté (50% de la population), malgré les mesures sociales d'assistance prises par le gouvernement, ee sont pas pour l'instant mises au débit de Fernandez, mais cela ne pourra pas durer: faute d'un début de rebond économique au second semestre, la Droite néo-libérale, soutenue par une puissante artillerie médiatique, pourrait affaiblir la seconde partie du mandat de Fernandez et commencer à rêver de revanche en 2023.

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