Décalogues argentins (3/3) : le programme de Roberto Lavagna

Lavagna tente de revivifier la « voie du milieu » entre kirchnéristes et macristes, ce centrisme dont le potentiel électoral atteint 40 % des voix, et il est donc important de regarder ce qu’il propose.

Roberto Lavagna est le candidat des industriels nationaux et de la frange développementiste du péronisme. La presse de droite qui sent que Macri est au bout du rouleau a pour lui les yeux de Chimène. Mais sa tentative d’agréger autour de lui les socialistes (Lifschitz), les radicaux anti-macristes à sensibilité sociale et républicaine (Alfonsin), les péronistes anti-kirchnéristes (Pichetto) et les réformistes (Stolbizer) peut imploser à tout moment sous l’effet de la polarisation Macri-CFK.

Son programme réformiste en dix points propose un discours de la méthode, parsemé de quelques objectifs dont certains sont très généraux et d’autres plus précis.

Le point 1 s’intitule « Unité, dialogue, concertation » et reflète bien son positionnement modéré, hostile à la polarisation. Il explique qu’il faut entamer des réformes à long terme et construire des consensus dans la durée, par exemple pour le système de la Sécurité Sociale et des retraites (sans autres précisions).

Le point 2 « Equité et transparence » se contente de généralité sur la place des femmes et des jeunes dans la société.

Le point 3 « Moderniser l’économie » propose de promouvoir la modernisation institutionnelle de la gestion des entreprises et de développer une stratégie de diversification à partir des points forts (agro-industrie, mines, nouvelles technologies de l’information et de la connaissance) pour relancer l’industrie et sortir de la reprimarisation organisée par l’actuel gouvernement.

Le point 4 «  Promouvoir l’activité économique, pas l’asphyxier » est une critique directe des improvisations de la politique du gouvernement Macri et de l’incompétence de son personnel politique.

Le point 5 « Egalité des opportunités » propose de créer ce qu’il appelle un 4ème niveau éducatif (il s’agit en fait de développer la formation continue) pour accroître les niveaux de qualification.

Le point 6 « Gouverner, c’est créer de l’emploi » propose d ‘encourager des accords entre entrepreneurs et syndicats ayant pour but de réorganiser les relations du travail de façon à favoriser l’emploi formel (et donc réduire le travail au noir). Il propose aussi de disposer de moyens financiers afin que le droit des plus pauvres d’accéder à la propriété de terres et de logements ne reste pas lettre morte.

Le point 7 « Géographie économique » propose de développer les voies de communication avec le Chili afin de disposer à travers le Pacifique de meilleures liaisons avec les marchés asiatiques et de réorganiser le développement urbain face à l’immigration (il exclut au passage toute expulsion d’étrangers respectueux des lois).

Le point 8  « Transparence et décence » contient un couplet sur la lutte contre la corruption et demande une réorganisation du pouvoir judiciaire.

Le point 9 « Défendre la souveraineté et assurer la paix » ne porte pas sur la politique de défense mais sur les problèmes de la sécurité intérieure et la lutte contre la corruption policière pour laquelle il propose d’utiliser les nouvelles technologies pour renforcer le contrôle citoyen sur les forces de sécurité et les activités des services et aussi de mettre en place des politiques coordonnées de prévention des délits et de préparer la réinsertion sociale dans les prisons.

Le point 10 « Présence dans le monde » rappelle la montée de l’antagonisme USA-Chine et critique le « globalisme naïf » (implicitement imputé à l’actuel gouvernement) et propose de renforcer le rôle de l’Argentine au service de l’unité latino-américaine pour faire face aux défis de la mondialisation. Sur le plan des relations internationales, il préconise un positionnement actif en faveur des droits humains et de la défense de l’environnement.

 

Lavagna adopte donc une approche qui privilégie la contractualisation des relations entre acteurs sociaux, une planification stratégique indicative du développement économique, national et il met fortement en avant la lutte contre la corruption, qui est principal cheval de bataille de son alliée Margarita Stolbizer.

 

Son discours reflète les points forts de sa propre image dans l’opinion: intégrité personnelle, compétence économique et financière, relations détendues avec les corps intermédiaires, défense de la démocratie sociale, modération en politique étrangère.

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