La course au vaccin contre le SARS-CoV-2

La mise au point d'un vaccin contre l'actuel coronavirus pandémique donne lieu à une compétition internationale acharnée accompagnée de beaucoup d'esbrouffe de la part de certaines start-ups, ce qui pourrait annoncer bien des désillusions à venir.

On comptabilise à ce jour 149 projets de vaccins dont quelques uns ont déjà atteint le stade des essais cliniques. Pour mémoire on a trois principaux stades de développement:
a) Phase I: premiers tests de sécurité et de réactivité à diverses doses sur quelques dizaines de volontaires sains;
b) Phase II: preuve d'efficacité, absence d'effets secondaires nocifs, études de posologie (protocole d'administration) sur quelques centaines de participants au total ;
c) Phase III: étape finale (tests sur plusieurs milliers de participants.)

Le tableau suivant liste quelques candidats-vaccins utilisant diverses technologies (mentionnées entre parenthèses) en commençant par les plus avancés; la phase indiquée est la dernière qui ait été totalement achevée et elle est soulignée si des résultats ont été (pré-)publiés.

Sinovac (Chine) (virus inactivé) Phase 2
Oxford/AstraZeneca (adénovirus) Phase 2
Moderna (USA) (ARNm) Phase 1
BioNTech/Pfizer (All.-USA) (ARNm) Phase 1
Novavax (USA) (part. Prot.) Phase 1
CanSino (Chine) (adénovirus) Phase 1
IMBCAMS (Chine) (virus inactivé) Phase 1
Inovio (ADN) Phase 1
CureVac (Allemagne) (ARNm) Phase 1
ICL/VacEquity (R-U) (ARNa) Phase 1
GSK/Sanofi (virus inactivé)
Institut Pasteur/MSD (virus inactivé)
SinoPharm (Chine) (virus inactivé)
Gamaleïa (Russie) (virus inactivé)
Anges (Japon) (ADN)

Le vaccin le plus avancé me semble être celui de Sinovac car fondé sur une technologie éprouvée se prêtant bien à une production de masse. Le vaccin d'Oxford est également bien placé (des essais de Phase III sont en train d'être lancés au Royaume-Uni et au Brésil). En revanche le prototype de Moderna s'appuie sur une technique qui n'a encore jamais produit un seul vaccin et ses caractéristiques la rendent moins adaptée à la production et distribution à grande échelle.
Certains autres vaccins qui utilisent de petits sous-ensembles du virus (particules protéiques, formes recombinantes...) risquent également d'échouer si leur ciblage se révèle trop étroit.

Mais comme dans la fable du lièvre et de la tortue, les plus rapides au début de la course ne sont pas à l'abri de mauvaises surprises conduisant à l'abandon du projet, même s'il est à un stade déjà avancé de développement (effets secondaires rares mais très graves, absence d'efficacité dans certaines sous-populations...).

Même en supposant qu'un des premiers candidats confirme tous les espoirs placés en lui, il me paraît de toute façon illusoire d'espérer une production industrielle de masse à destination du grand public avant le milieu de l'année 2021.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.