A propos de la catastrophe du Boeing ukrainien à Téhéran

Quelques premières réflexions sur la base des informations disponibles

Le New York Times a publié une vidéo prise d'assez loin avec un téléphone mobile (à une distance d'environ 8km puisque un bruit d'explosion arrive 24 secondes après le flash lumineux) qui montre un éclair d'explosion dans le ciel puis une descente rapide du point lumineux ainsi apparu.

Un missile sol-air à guidage radar ou thermique (et donc se dirigeant vers la coque métallique ou vers les sources de chaleur que constituent les réacteurs de l'avion) pourrait donc avoir causé la destruction de l'avion.

Considérée isolément, et contrairement à certaines affirmations médiatiques précipitées, cette vidéo ne permet pas d'affirmer qu'il s'agit de la détonation d'un missile sol-air car aucun sillage de montée du missile vers sa cible n'y est observable (ce qui ne veut pas dire qu'aucun tir de missile n'a eu lieu, la qualité de la vidéo est trop mauvaise pour rejeter cette hypothèse).

Une explication alternative, qui a évidemment la faveur des autorités iraniennes, est qu'il pourrait s'agir d'une avarie d'un moteur qui aurait explosé en vol.

Cependant l'insistance des autorités britanniques et canadiennes à assurer qu'il s'agit d'un tir de missile qu'ils pensent avoir été déclenché par erreur (ce serait donc le même scénario que dans le cas du MH17) doit se fonder sur d'autres données encore non rendues publiques.  Il peut s'agir:
- de données dites SigInt (interception de communications entre un centre de décision et un poste de tir, ou bien de communications téléphoniques en clair entre militaires se trouvant sur le terrain juste après la catastrophe comme  ce fut le cas dans l'affaire du MH17 abattu au-dessus du Donbass)
- de données radar permettant de voir le missile se diriger vers sa cible
- de témoignages humains recueillis directement à travers leurs réseaux d'espionnage opérant en Iran et/ou fournis spontanément via l'Internet par des Iraniens hostiles au régime ou simplement horrifiés par la catastrophe et jouant ainsi le rôle d'Honorables Correspondants bénévoles.

L'enquête internationale (un expert américain du NTSB est en route vers l'Iran en tant que représentant du pays où l'avion a été construit, (l'Ukraine est réglementairement impliquée en tant que pays d'immatriculation de l'avion, et plusieurs autres pays, dont la France, ont offert leur assistance technique) permettra de recueillir des indices matériels (éventuelles traces d'explosif sur les débris de l'avion, perforations typiques d'une charge à fragmentation, débris de missile recueillis au sol...) sous réserve que les autorités iraniennes ne s'empressent pas de les faire disparaître...
Le décollage de l'avion ukrainien ayant eu lieu environ deux heures après le bombardement des bases irako-américaines par les missiles irakiens partis de la zone frontalière, il est plausible que les Iraniens, craignant une riposte américaine immédiate à leur attaque, aient mis en alerte leur système de défense aérienne sur un mode (quasi-)automatique pouvant déclencher des tirs vers tout avion volant à basse altitude à proximité de Téhéran. Normalement, les postes de tir disposent de moyens d'identifier les avions civils pour éviter ce genre de méprise mais l'exemple du MH17 montre que les servants de tir n'ont pas forcément la capacité ou la volonté de les utiliser.

L'Iran a promis de réaliser une enquête dans un délai "d'un à deux ans". Il convient ici de préciser que l'Annexe 13 de la Convention de Chicago fait obligation à l'Iran en tant que pays membre de l'OACI de publier un premier rapport d'enquête de sécurité sous un délai maximal d'un an.

Pour terminer, on peut noter que c'est la deuxième fois que les Ukrainiens sont impliqués dans une catastrophe aérienne parce qu'ils tardent à prendre les mesures d'interdiction de vol qui s'imposent alors que beaucoup d'autres pays (à commencer par les USA) avaient interdit à leurs compagnies aériennes de survoler l'Irak et l'Iran. 

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