Argentine: la victoire à la Pyrrhus des cléricaux

Pourquoi s'est-il trouvé une majorité de sénateurs pour bloquer la dépénalisation de l'avortement ?

Le Sénat argentin est, comme le nôtre, une forteresse des forces les plus conservatrices, d'autant plus que, comme au Sénat étatsunien, chaque composante de l'Etat fédéral (en Argentine, ce sont 24 provinces) pèse du même poids (3 sénateurs chaque), ce qui conduit à une forte surreprésentation des petites provinces rurales les plus arriérées économiquement et culturellement.

C'est aussi et surtout une assemblée qui comporte un lot important de vieux mâles corrompus: songez donc que Carlos Menem en fait toujours partie...

Le clergé catholique a pesé de tout son poids sur le vote des sénateurs et des quelques sénatrices, un poids qui reste important dans les provinces les plus sous-développées. De ce point de vue, l'intense mobilisation féministe observée à Buenos Aires et dans quelques grandes villes a quelque peu masqué la réalité de l'emprise encore solide du patriarcat sur les provinces de l'intérieur.

Cela étant dit, l'adoption de la loi déjà votée par les Députés n'est que retardée. L'obscurantisme hallucinant de certains cléricaux, comme le funeste "Docteur" Albino prétendant faussement que le port du préservatif ne protégeait pas contre le SIDA parce que le virus était capable de traverser... la porcelaine, ou bien encore l'étrange distinguo établi par le politicien péroniste Urtubey entre "viol" et "viol sans violence" (sic) et bien d'autres âneries proférées au cours des débats ont bénéficié d'une gênante exposition médiatique qui ne peut que profiter à la cause de la dépénalisation, d'autant plus que les militantes ne comptent pas en rester sur cette demi-défaite et ont maintenant comme objectif proclamé de faire battre aux prochaines élections de 2019 tous les sénateurs ayant voté contre le projet de loi.

La tension est telle au sein de la société argentine que plusieurs politiciens de l'actuelle majorité comme de l'opposition envisagent maintenant de procéder à un référendum pour trancher la question.

En attendant ces éventuels nouveaux développements, l'ex-présidente Cristina Fernandez de Kirchner remportera aisément la palme de l'opportunisme: alors que pendant les 12 années de gouvernement kirchnériste, elle et son mari ont fait échouer 6 tentatives de changer la loi, elle vient ces dernières semaines de se présenter sans vergogne en figure de proue de la dépénalisation. Comme quoi les politiciens péronistes, qu'ils se prétendent progressistes comme CFK ou s'avouent réactionnaires comme Urtubey, demeurent encore et toujours un ramassis d'infâmes démagogues.

 

 

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