Macri-Macron: la politique néo-libérale de l'aumône

Rentré d'Argentine depuis quelques jours, je découvre que le projet de prime envisagé par Macron ressemble comme un petit frère au "bono" proposé il y a deux semaines par Macri.

Les politiques néolibérales anti-redistributives de Macri en Argentine et de Macron en France ont conduit à des résultats économiquement et socialement désastreux:

- là-bas, les cadeaux fiscaux à l'oligarchie, la soumission aux groupes financiers transnationaux et la politique d'endettement ont conduit à une flambée d'inflation (47% cette année) qui ampute le pouvoir d'achat des couches populaires et moyennes et que l'approche monétariste de hausse massive des taux d'intérêt a transformé en stagflation (3 années sur 4 du gouvernement Macri verront une récession, seule l'année électorale 2017 a connu un peu de croissance, pour des raisons politiques évidentes). Macri reste soutenu par un gros quart de l'électorat mais profondément détesté par une large majorité pour son insensibilité sociale et sa frivolité comportementale. On est loin de la "pauvreté zéro" et de "l'inflation facile à combattre" qui était les deux principaux slogans de la campagne présidentielle de Macri en 2015.

- ici, le même genre de politique anti-redistributive (qui peut se résumer en cinq sigles: ISF, PFU, CICE, CSG, APL) a produit les mêmes effets de rejet à la fois de la politique et de la personne même du président de la république, tout aussi insensible et frivole dans son expression publique que son homologue argentin.

Sans trop toucher au coeur même de leur politique néo-libérale menée au profit de l'oligarchie financière sous la houlette du FMI là-bas et de la Commission Européenne ici, nos deux présidents en panne de popularité et de résultats économiques envisagent de coller le même genre de rustine sociale en forme d'aumône ponctuelle.

Macri a décrété la mise en place d'un "bono" de fin d'année, une prime de 5000 pesos (environ 125 euros) exonérée de charges sociales et d'impôts à payer en une ou deux fois par les entreprises, et des primes similaires ayant pour but de calmer le mécontentement général sont également mises en place pour les retraités et les fonctionnaires.

Macron envisagerait un dispositif similaire de prime de fin d'année exemptée de toute cotisation sociale.

Ni l'un ni l'autre ne semblent avoir pris conscience de la gravité de la situation politique et sociale de leur pays.

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