Forces et faiblesses du Rafale à l'export: 2°) aspects politico-stratégiques

Les facteurs politiques influant sur l'exportation du Rafale sont de trois ordres:

- l'appartenance géopolitique à la sphère occidentale est évidemment un atout vis-à-vis de tous les pays qui veulent éviter une trop grande dépendance par rapport aux USA sans pour autant s'en éloigner de manière trop démonstrative par l'achat de matériel russe ;

- un autre facteur positif est que la France, contrairement aux USA, ne pratique pas le "bridage" des systèmes d'armes.

- le risque réel de neutralisation par les Américains des systèmes d'armes et/ou de navigation via des virus logiciels installés dans les systèmes embarqués fournis à des pays tiers considérés comme "à risque" peut également jouer en faveur de la France.

La perte d'autonomie géopolitique de la France vis-à-vis des États-Unis, quoique réelle depuis le quinquennat Sarkozy et jusqu'ici confirmée par le demi-quinquennat de Hollande, n'a pas d'impact réel sur le potentiel du Rafale à l'export. Le discours tenu par certains souverainistes concernant la risque de perte de contrats militaires suite au blocage de la livraison des Mistrals à la Russie ne reflète pas la réalité de la situation géopolitique.

Il y a en fait trois catégories de pays:

a) les pays qui ne subissent aucune menace militaire directe d'ampleur stratégique (Suisse, Brésil...) qui iront toujours au moins cher, lequel peut prendre trois formes: la rénovation d'avions anciens (remotorisation, modernisation des systèmes d'armes et du radar embarqué), l'achat de Gripen, ou l'achat en seconde main d'avions américains de la génération précédente.

b) les pays très étroitement liés aux USA pour leur défense (Corée, Japon, Pologne, Indonésie...) qui achèteront toujours américain (même si cela leur revient plus cher au final car Boeing, Lockheed-Martin et compagnie ne font pas de cadeaux sur la maintenance et les pièces détachées...)

c) les pays ayant à affronter de lourdes menaces (tous les pays du Proche-Orient, l'Inde, le Pakistan, l'Iran...) et en particulier ceux qui ont à la fois les moyens et le souci de diversifier leurs fournisseurs, d'une part, et une relation ancienne avec la France dans ce domaine (ce n'est pas un hasard si les deux pays à qui des Rafales ont été vendus avaient antérieurement acquis des Mirages: la durée et la continuité à la fois politique et commerciale de la relation est un facteur essentiel de déclenchement d'achat, s'agissant d'investissements lourds qui engage le pays pour des décennies).

Je pense à cet égard que l'Iran et l'Irak seraient des prospects très prometteurs (une fois Fabius éjecté du Quai d'Orsay).

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