La Tombe de Napoléon (F.I. Tiouttchev)

C’est le premier poème consacré à Napoléon en 1828 par Fiodor Ivanovitch Tiouttchev (1803-1873), diplomate ultra-conservateur de tendance slavophile qui fut aussi poète à ses heures, un des grands poètes russes du 19ème siècle, révéré là-bas à l’égal d’un Pouchkine.

En ces temps de reviviscence de la Napomania française, il m’a paru intéressant de le faire connaître. Il en existe déjà une élégante traduction française en décasyllabes rimés (mais trop éloignée de la lettre du texte à mon goût) due à l’infatigable talent de Paul Garde (Collection « Classiques Slaves » Ed. l’Âge d’homme – 1987). Cependant ce volume n’est plus guère disponible.

Могила Наполеона

Душой весны природа ожила,
И блещет все в торжественном покое:
Лазурь небес, и море голубое,
И дивная гробница, и скала!

Древа кругом покрылись новым цветом,
И тени их, средь общей тишины,
Чуть зыблются дыханием волны
На мраморе, весною разогретом…

Давно ль умолк Перун его побед,
И гул от них стоит доселе в мире…

И ум людей великой тенью полн,
А тень его, одна, на бреге диком,
Чужда всему, внимает шуму волн
И тешится морских пернатых криком

La tombe de Napoléon

La nature a réveillé l’âme du printemps,
Et tout resplendit dans une paix solennelle :
Le bleu foncé de la mer, et l’azur du ciel,
Aussi le rocher, et le tombeau surprenant !

Alentour la fleur neuve a recouvert les arbres,
Et leurs ombres, dans le silence répandu,
Sous le souffle de la houle à peine remuent,
Alors que le printemps réchauffe le marbre.

Longtemps, n’est-ce pas, la foudre de ses victoires
Et jusqu’ici leur bruit furent présents au monde…

L’esprit des gens par une grande ombre est rempli
Sur la rive sauvage son ombre solitaire
Étrangère à tout, écoute des vagues le bruit
Et se distrait avec des cris d’oiseaux de mer

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