Pourquoi Kamala Harris n'est pas le meilleur choix

Le choix de Kamala Harris comme candidate à la vice-présidente répète les erreurs stratégiques ayant produit la défaite démocrate en 2016

Kamala Harris est certainement pleine de qualités personnelles et sa pugnacité face aux Républicains n'est plus à démontrer, mais elle présente sur le plan politique trois défauts majeurs:

- elle est sénatrice de Californie, un Etat que les Démocrates gagneront sans difficulté, et elle n'aura donc aucune valeur ajoutée en termes d'enracinement territorial, contrairement à ce qu'aurait pu apporter la maire noire d'Atlanta ou une élue, même moins connue, de Floride ou de la Rust Belt.

- elle est une métis mi-noire mi-indienne, et fille d'immigrants, ce qui a certainement pesé dans le choix de Biden, mais tout comme Obama elle n'est pas une descendante d'esclave et contrairement à Michèle Obama, elle n'est pas reconnue pour la fermeté de son engagement communautaire, au contraire (sa dureté répressive envers les minorités dans son poste précédent de Procureur Général de Californie lui a été souvent reprochée par les minorités noires et latinos); en fait, compte tenu de la bonne image de Biden au sein de la communauté noire en tant qu'ancien vice-président d'Obama, il n'avait sans doute pas besoin que sa colistière soit noire. Une colistière latino aurait peut-être été un meilleur choix car le vote latino est loin d'être acquis à Biden (qui de plus ne parle pas l'espagnol).

- elle a des positions centristes très tièdes au sein du Parti Démocrate et ne suscitera guère d'enthousiasme dans la jeunesse de gauche qui soutenait Sanders ou Warren; or cet électorat est le plus volatile et le plus difficile à mobiliser. Pour autant, la perspective d'une Kamala Harris devenant présidente en cas d'incapacité de Biden à finir son mandat va électriser l'électorat identitaire de Trump, ce qui promet une bagarre homérique.

Bref, en voulant gagner la bataille au centre et en refusant de se concentrer franchement sur les régions et les segments des classes populaires perdues en 2016, Biden et l'establishment démocrate sont en train de répéter les erreurs commises par Clinton qui termina sa campagne par un concert de hip-hop en Caroline du Nord (ce qui ne l'a pas empêchée de perdre cet Etat) pendant que Trump allait  à la rencontre des travailleurs du Wisconsin, de Pennsylvanie ou du Michigan...

Biden a quand même des chances de gagner, vu la lassitude créée dans l'électorat modéré par la méchanceté, la bêtise et l'irresponsabilité de Trump, et vu l'effort programmatique produit ces derniers mois pour recoller les morceaux avec les partisans de Sanders et Warren afin de rassembler les démocrates, mais encore faudra-t-il pouvoir rendre audibles ses propositions un peu progressistes dans le bordel ambiant qui ne manquera pas d'être savamment entretenu et amplifié par Trump et sa clique.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.