Cinquante nuances de légeourdeur

Ou faut-il dire de lourdèreté, pour restituer toute son ampleur au spectre des comportements sexuels masculins envers les femmes ?

Contrairement aux nombreux malcomprenants et esprits moutonniers qui se répandent sur Médiapart et ailleurs en hurlements hostiles à l’encontre de Catherine Deneuve et ses co-signataires, je ne trouve rien à redire au contenu de leur intervention.
On fait à ces femmes toute une série de procès d’intention que rien dans le texte qu’elles ont publié ne justifie. Ainsi, contrairement à ce dont on les accuse ici ou là, elles ne prétendent pas s’exprimer au nom d’une supposée « exception française », ni ignorer la réalité des violences sexuelles dont les femmes sont trop souvent victimes, mais seulement pointer les risques d’amalgame et d’injustice que font courir l’habituel emballement médiatique amplifié par les réseaux sociaux. Il est d’ailleurs amusant de voir certains moralisateurs patentés du Médiaparti si prompts à mettre en cause les ambigüités du « Je suis Charlie » se précipiter aujourd’hui pour surfer sur la vague d’un même sommaire unanimisme à propos du « BalanceTonPorc ».
Ce que nous rappelle ces femmes et qui semble horrifier tant de bien-pensants est simplement la complexité et l’ambivalence des comportements sexuels. Qu’une certaine Catherine M. ou qu’une Catherine D. qui fut au cinéma l’iconique Belle de Jour viennent nous rappeler qu’il peut y avoir une jouissance de la soumission semble intolérable à certains censeurs, et cela ne fait à mes yeux que démontrer la pertinence de leur dénonciation du puritanisme ambiant.

Quant à leur souci de ne pas tout amalgamer en distinguant la drague lourde ou maladroite du harcèlement ou de la violence physique, il relève de la lucidité la plus élémentaire, même si les inévitables zones grises sont nombreuses et fluctuent en fonction de chaque culture : ainsi des comportements quotidiens qui seraient jugés inadéquats en France dans les milieux éduqués restent monnaie courante en Argentine, où est encore bien vivace la culture du « piropo » (interpellation se voulant galante mais souvent lourdingue : le fameux piropo attribué à Juan Manuel Fangio « Tantas curvas y yo sin freno ! » est un heureux contre-exemple de la vulgarité dominante en ce domaine).

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