Argentine: chronique d'une faillite annoncée

La pédégécratie de Mauricio Macri emmène le pays à toute allure vers une nouvelle catastrophe financière d'une ampleur comparable à la crise de 2001-2002.

La politique néo-libérale adoptée depuis un peu plus de deux ans (libéralisation totale des flux de capitaux, réduction des impôts et taxes pour l'oligarchie, libéralisation des importations, endettement massif en devises, libéralisation sans contrepartie des tarifs des services et des "utilities" (eau, gaz, électricité...) au profit d'oligopoles trop faiblement régulés) a engendré des déséquilibres devenus incontrôlables (le déficit fiscal et le déficit commercial ne se résorbent pas, et l'inflation reste obstinément de l'ordre de 20 à 25% pour 2018, malgré la vaine proclamation d'une inflation-cible à 15%).

Depuis quelques semaines, la pression monte sur la Banque Centrale: elle dépense chaque jour ouvrable environ 100 millions de dollars pour contenir la montée du dollar (qui s'est apprécié de 17% en 1 mois), car malgré les discours officiels sur le thème: "c'est le libre fonctionnement du marché qui fixe le cours de la monnaie", les autorités ne peuvent pas laisser s'enclencher une spirale de dévaluation trop rapide du peso qui provoquerait instantanément une nouvelle flamblée inflationniste et creuserait un déficit commercial déjà énorme, conduisant à une nouvelle chute de la monnaie nationale et ainsi de suite.

Les réserves en devises de la Banque Centrale (pour une bonne partie constituées de dollars qui ont été empruntés sur les marchés financiers et qu'il faudra bientôt commencer à rembourser, puisque les premiers emprunts lancé par Macri et son équipe avaient 3 ans comme plus court terme) sont de l'ordre de 65 milliards de dollars.

Au rythme actuel qu'impose le maintien du dollar dans une fourchette de 20 à 21 pesos, il y en a donc pour au maximum 650 jours ouvrables sur les marchés financiers, mais en réalité les clignotants rouges s'allumeront bien avant.

La grande préoccupation de Macri ces derniers jours est de se faire réélire fin 2019 ainsi que son successeur à la mairie de Buenos Aires Rodriguez Peña et que la gouverneure Vidal dans la province (le PRO vient d'y relancer sa campagne de porte-à-porte, très en amont de la campagne officielle qui ne démarrera que dans plus d'un an).

D'ici à l'automne 2019, il y a environ 450 jours ouvrables, mais une nouvelle faillite financière de l'Argentine pourrait survenir bien avant: au rythme actuel d'accroissement de la dette et d'attrition des réserves, le troisième anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Macri en janvier prochain risque déjà d'être un moment difficile à passer.

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