Argentins au bord de la crise de nerfs

Après deux semaines de dégringolade du peso et de fuite éperdue vers le dollar (et le FMI), beaucoup d'Argentins croient commencer à revivre le cauchemar de 2001-2002. Mais la situation est un peu différente.

Contrairement aux rêves d'une partie de l'opposition péroniste, la situation politique n'est pas la même qu'en 2001: le péronisme est présentement beaucoup plus divisé et reste incapable de s'unir autour d'un programme économique alternatif; d'ailleurs, le gouvernement a obtenu cette semaine le soutien (non exempt de critiques) de plusieurs gouverneurs péronistes à sa politique.

Ce qui a filtré des premières discussions avec le FMI est un programme classique de dévaluation et d'austérité (on parle de laisser filer le dollar à 25-26 pesos dans les prochaines semaines).

L'entêtement de la Banque Centrale à défendre un cours du peso devenu irréaliste par rapport à l'inflation élevée et à la faible productivité de l'Argentine lui a coûté de l'ordre de 10 milliards de dollars de réserves depuis deux mois (dont encore 1,1 milliard ce vendredi pour parvenir à terminer la semaine autour de 24 pesos par dollar) mais les nouvelles consignes venues du FMI vont donner raison aux industriels et autres lobbies qui plaident depuis plusieurs mois pour une dévaluation compétitive.

Le gouvernement voulait, comme au temps de Cavallo, utiliser le dollar comme point d'ancrage pour contenir l'inflation, quitte à gonfler l'endettement pour compenser ses cadeaux fiscaux à l'oligarchie agro-industrielle locale et les facilités spéculatives accordées aux banques et autres acteurs de la finance internationale; or cette politique n'a jamais fonctionné et il n'y a pas lieu d'être surpris qu'elle ne fonctionne pas non plus cette fois-ci.

Mais JP Morgan puis le FMI ont sifflé la fin de la récréation: les financiers internationaux tout comme leurs associés locaux ont défini ces dernières semaines une nouvelle stratégie pour l'Argentine: la politique monétariste de Sturzenegger ayant échoué à réduire l'inflation, contenir le déficit fiscal est devenu la nouvelle priorité et l'on va procéder à une réduction des salaires réels par le biais d'une nouvelle poussée d'inflation qui ne sera pas compensée totalement par des augmentations.

Dans ce contexte, le gouvernement conserve un socle de fidèles viscéralement anti-péronistes qui continuent d'attribuer les difficultés actuelles principalement au gouvernement précédent,  socle qui représente toujours un tiers de l'électorat.

Pourtant l'image de professionnalisme de l'équipe économique (image complaisamment entretenue depuis deux ans par les médias dominants, malgré l'absence de résultats et l'incompétence macro-économique démontrée par la pédégécratie régnante) va sortir en lambeaux de cet épisode dont l'épilogue sera le difficile renouvellement de 675 milliards de Lebac mardi prochain 15 mai (il faudra tordre le bras des institutionnels locaux pour qu'ils crachent au bassinet afin d'éviter une déroute qui signerait le début de la fin du gouvernement Macri).

Le président Macri continue d'espérer que l'oligarchie financière aura pris la mesure du danger et viendra à son secours; on saura mardi soir s'il a été exaucé.

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