À chacun son vice péroniste

Chacun des principaux candidats déclarés à la prochaine présidentielle argentine a choisi un vice-président péroniste.

La division du péronisme a encore progressé grâce au candidat du centre droit industrialiste Roberto Lavagna (qui fut le ministre des Finances de Nestor Kirchner pour la renégociation de la dette argentine et qui démissionna suite au refus de Kirchner de soutenir sa lutte contre le cartel des Travaux Publics et les énormes surfacturations que cette cartellisation produisait; il faut dire qu'elle était alors co-gérée au profit du clan Kirchner par son vieux complice De Vido et toutes les grandes entreprises concernées... dont faisait partie le groupe Macri).

En effet, Lavagna a annoncé hier que son candidat à la vice-présidence serait le gouverneur péroniste de Salta, Juan Manuel Urtubey, plus connu grâce à la rubrique pipeule (il a épousé un mannequin connu) que du fait de son action politique (il a d'ailleurs largement perdu les dernières élections intermédiaires dans sa province).

En dehors de l'utilité évidente de draguer une fraction de l'électorat péroniste, la seule explication rationnelle à ce choix est que Salta (à la frontière de la Bolivie) est une région riche en lithium, ce qui, dans la perspective de réindustrialisation du pays adoptée par Lavagna, peut avoir son importance.

La Nación, principal quotidien de l'establishment (c'est l'équivalent argentin du Figaro: à la fois catho-réac sur le plan sociétal et férocement néo-libéral sur le plan économique), a immédiatement froncé les sourcils devant ce choix peu orthodoxe car le tandem Lavagna-Urtubey est susceptible de prendre des voix principalement à l'attelage Macri-Pichetto... et donc d'accroître l'avantage des kirchnéristes au premier tour.

Les péronistes unitaires (du moins ce qu'il en reste...) hurlent à la trahison contre Pichetto (qui aggrave son cas en refusant de libérer le siège au Conseil Supérieur de la Magistrature qu'il occupe au nom du groupe péroniste du Sénat) et les kirchnéristes se déchaînent sur les réseaux sociaux (l'activiste kirchnéro-papiste Grabois a qualifié Pichetto de "vendu", ce qui n'est pas très chrétien).

La moquerie la plus drôle a consisté à faire précéder une photo de Macri de la lettre pi, ce qui donne Pi-cheto:

pi-cheto

Pour comprendre la charade, il faut savoir qu'un "cheto" en argot argentin est un bourge, un rupin qui regarde le petit peuple de haut (chez nous, c'est le groupe LREM de l'Assemblée Nationale qui nous propose le plus de "chetos" à la télévision: rien que parmi les élus de la région parisienne, G. Le Gendre, B. Griveaux, O. Grégoire ou A. de Montchallin sont des "chetos" et "chetas" archétypaux; au temps du PS triomphant, il y avait déjà quelques profils de techno-bourges comme Fabius pour représenter cette catégorie.)

En français populaire, "cheto" se dit "tête-à-claques" ou "pue-sa-classe".

NB: Vous ne trouverez pas ce mot dans le dictionnaire de l'académie royale espagnole (sans doute parce que ladite académie est un repaire de "chetos"...)

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