L'évaluation de l'hydroxychloroquine et d'autres médicaments

Le seul traitement ayant jusqu'ici démontré une certaine efficacité chez les malades graves est le remdesivir. De premiers résultats partiels concernant le tocilizumab ont été mis en avant par quelques chercheurs chinois et par un groupe de l'AP-HP, mais ils n'ont pas encore été confirmés.

Pour l'instant, toutes les études scientifiquement recevables (conduites en double aveugle contre placebo) sur l'hydroxychloroquine ont conclu à son inefficacité, que ce soit chez les malades hospitalisés dans un état sérieux (dont les études HYCOVID et RECOVERY)  comme en prophylaxie chez les cas-contacts (deux études conduites sur 800 patients dans le Minnesota et sur 2000 patients à Barcelone ont donné des résultats négatifs).

Le docteur Raoult et ses partisans ont soulevé deux objections:

1°) le traitement qu'il préconise doit être pris dès l'apparition des premiers symptômes,

2°) il faut associer l'antibiotique azithromycine à l'hydroxychloroquine.

De nombreux cliniciens répugnent à utiliser un antibiotique à large spectre (généralement préconisé seulement en seconde intention) en l'absence d'infection bactérienne caractérisée (même si l'azithromycine a aussi montré une certaine activité anti-virale, faible mais significative, contre d'autres virus).
D'autre part, ces deux médicaments peuvent, pris séparément et a fortiori simultanément, créer de graves troubles cardiaques (y compris chez des patients ne souffrant pas au départ de problèmes cardio-vasculaires) ce qui amène à exclure au départ ou en cours d'essai un certain nombre de patients et complique le recrutement et l'homogénéisation des populations dans le cadre d'essais rigoureux.

Il subsiste de ce fait un doute quant à l'intérêt éventuel d'associer l'hydroxychloroquine à l'azithromycine en phase symptomatique initiale et la fragmentation et la mauvaise coordination d'essais cliniques concurrents ainsi que la chute récente du nombre de cas en Europe y rendent difficile l'aboutissement des évaluations en cours.
Néanmoins, une étude pilotée par le NIH est menée aux USA (le recrutement des patients a commencé à la mi-mai).
Cette étude prévoit d'inclure 2000 patients souffrant de symptômes légers à modérés mais dont une partie pourrait souffrir de diverses comorbidités (diabète, obésité, âge supérieur à 60 ans) du fait de la structure de la population américaine.

https://www.nih.gov/news-events/news-releases/nih-begins-clinical-trial-hydroxychloroquine-azithromycin-treat-covid-19

https://actgnetwork.org/studies/a5395/

On devrait donc savoir d'ici peu si le traitement mixte préconisé par Raoult offre ou non des bénéfices significatifs.

(Le suivi étant prévu sur une durée totale de 23 semaines, la publication définitive des résultats n'arrivera que dans quelques mois, mais si des résultats significatifs devaient apparaître dans un sens ou dans l'autre, ils feraient l'objet d'une pré-publication très rapide associée à l'arrêt du placebo si le traitement marche, ou inversement à l'arrêt prématuré du traitement si les effets secondaires se révélaient délétères sans qu'on observe par ailleurs des bénéfices suffisants.)

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