Le double intérêt de porter le masque partout

La protection assurée par le port du masque est à double sens.

Comme l’a montré l’exemple le plus récemment médiatisé du contact prolongé et rapproché entre Ch. Prudhomme et J. Castex dans un habitacle d’automobile, l’efficacité du masque pour réduire le risque de transmission entre deux personnes en espace confiné est bien établie. L’utilité du masque en espace urbain relativement dense est également non négligeable.

Sans le port du masque, les taux de contamination les plus élevés sont intra-familiaux ou intra-entreprise (on atteint des taux de l’ordre de 40% ou plus en intra-familial). Dans des espaces moins confinés comme les terrasses de restaurants ou de cafés, le taux est moins élevé, mais l’effet n’est pas négligeable : une récente analyse américaine (évoquée ce jour sur CNN) montre que le fait d’avoir fréquenté les restaurants multiplie par deux la probabilité de contamination.

De façon générale, la protection apportée par le port généralisé des masques, sans être absolue, permet de réduire considérablement la diffusion de la maladie. À cet égard, l’exemple de Taïwan est édifiant : 25 millions d’habitants et seulement 7 morts... Évidemment, le masque ne suffit pas : Taïwan c’est aussi et surtout une politique de test bien ciblée avec une détection rapide des personnes infectées, une adhésion massive au repérage et au confinement rapide en quatorzaine (et hors du foyer familial) de tous les cas-contacts (250 000 personnes au total) avec un respect à 99,5 % de la mesure (et de fortes amendes pour les 0,5% de contrevenants).
Bref, tout ce qui a manqué et manque toujours en France : un système efficace de dépistage et de traçage, combiné avec une remarquable discipline collective, sans tous les délires complotistes anti-masque et anti-vaccin qui se répandent via les réseaux sociaux comme la vérole sur le bas-clergé breton.
Il est vrai que le vice-président qui a été chargé d’organiser la réponse sanitaire à l’échelon national est aussi un épidémiologiste renommé ce qui assurait à l’exécutif une capacité pédagogique et un niveau de crédibilité très supérieurs à celle de nos énarques et autres technocrates, y compris ceux qui jouent sur l’accent du Midi pour faire peuple.

Le rôle protecteur des masques est à double sens :
1°) il réduit, sans les supprimer totalement, les excrétions virales des personnes contagieuses (y compris les asymptomatiques et les pas-encore-symptomatiques qui sont contagieux sans le savoir).
2°) en réduisant la charge virale reçue lors des contaminations résiduelles, le masque renforce la probabilité d’éviter le développement de formes graves de la maladie : on sait maintenant que, toutes choses égales par ailleurs, la gravité de la maladie est directement proportionnelle à la charge virale reçue et c’est ce qui explique, par exemple, le décès du premier lanceur d’alerte chinois, pourtant un sujet jeune et en bonne santé, mais qui fut exposé au virus à de multiples reprises lors de contacts rapprochés avec ses patients.

Une récente note parue dans le New England Journal of Medicine évoque la possibilité d’une « variolisation », c’est-à-dire l’acquisition d’une immunité durable par l’exposition à une charge virale faible, à un niveau permettant de subir seulement une forme bénigne, asymptomatique ou paucisymptomatique, de la maladie. Le terme de variolisation renvoie par analogie à la découverte de Jenner de ce que la vaccine des vaches protégeait contre la variole. C'est une idée encore spéculative mais qui mérite d'être explorée.

En conclusion, le mieux pour éviter la poursuite des dégâts sanitaires et économiques est que tout le monde porte un masque partout où des contacts rapprochés existent.
On peut aussi recommander d’éviter les apéros et agapes diverses au bistrot, car l’imbibation alcoolique n’aide pas au respect des règles de distance et d’hygiène (et la propagation galopante de l’épidémie à Marseille ces temps-ci a sûrement un peu à voir avec le rituel du pastis vespéral...)

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