L'impact du coup d'Etat bolivien en Argentine

La diversité des réactions ravive en Argentine la coupure entre une Droite néo-libérale pure et dure alignée sur Washington et le reste de la société politique.

La diversité des réactions ravive en Argentine la coupure entre une Droite néo-libérale pure et dure alignée sur Washington et le reste de la société politique.

La pierre de touche de cette diversité d'attitude est l'emploi ou non du terme de  "coup d'Etat". Alors que Macri et son ministre des Affaires Etrangères Faurie (et la plupart des éditorialistes de Droite) appuient implicitement les putschistes en refusant d'employer cette expression, imitant en cela l'Union Européenne et la rédaction de Mediapart, l'ancienne chancelière Malcorra et la direction de l'Union Civique Radicale (UCR) ont au contraire défini l'opération en cours comme un « golpe » c'est-à-dire un coup d'Etat, ce qui montre qu'il subsiste au sein de l'alliance Cambiemos une différence de degré d'alignement géopolitique sur les Etats-Unis entre le noyau dur néo-libéral du macrisme et ses alliés.

Le nouveau président élu Fernandez (qui prendra ses fonctions le 10 décembre) a condamné sans nuance le coup d'Etat tout comme le discours de Trump parlant de "chance pour la démocratie" et l'ensemble de l'opposition progressiste a vigoureusement dénoncé le coup d'Etat en cours.

Pour les lecteurs de Mediapart qui auraient quelques doutes quant à la nature de l'opération en cours, mettons les points sur les i, car, comme souvent, ce qui importe dans les articles de Mediapart n'est pas tant ce qu'ils disent que ce qu'ils ne disent pas:

1°) une protestation massive et sans violences contre l'inconstitutionnel quatrième mandat que Morales s'entêtait à vouloir obtenir était parfaitement légitime, de même que l'exigence d'un retrait de Morales et de son vice-président ainsi que la démission de son gouvernement (ce qui est une conséquence logique en régime présidentiel)

2°) En revanche, le refus de laisser aller à son terme le recomptage des voix supposé supervisé par des observateurs de l'OEA et surtout les nombreuses violences physiques à l'encontre des élus et partisans du président sortant orchestrées par la droite nationale-religieuse ne l'étaient pas, pas plus que l'attitude de la hiérarchie policière qui par sa passivité s'est faite complice de ces violences.

3°) La nomination hier, sans quorum au Parlement du fait de l'absence des élus du MAS, de la vice-présidente oppositionnelle du Sénat comme présidente par intérim confirme également la nature putschiste de l'opération: rappelons que le président intérimaire légitime aurait dû être le président du Sénat, qui fut élu légalement en 2017, et que ce sont les menaces physiques de la Droite putschiste contre lui-même et sa famille qui l'ont obligé à se retirer.

4°) L'appui immédiat de la hiérarchie catholique à la nouvelle présidente intérimaire est également révélatrice de la nature à la fois cléricale et raciste du nouveau régime de fait, car la majorité des Indiens vivants sur les hauts-plateaux pratiquent volontiers l'ancestral culte chamanique de la Pachamama ainsi qu'un syncrétisme religieux entre christianisme et spiritualité traditionnelle qui heurtent le dogmatisme et l'intolérance des fascistes prompts à brandir la Bible que sont Camacho en Bolivie ou Bolsonaro au Brésil.

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