Michel DELARCHE
retraité de l'ingénierie informatique et aéronautique et de l'enseignement dit supérieur (anglais de spécialité), écrivain et esprit curieux
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Billet de blog 14 mai 2021

Après le triomphe de la Droite aux élections madrilènes

Le récent triomphe de la Droite dure à Madrid est surtout le résultat des divisions de la Gauche et de l’accentuation globale de la polarisation politique. On peut en tirer 3 leçons qui contredisent le discours dominant sur Médiapart.

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Première leçon : l’augmentation de la participation a profité à la Droite

Par rapport aux précédentes élections, la participation a progressé d’environ 8 points (de 68 à 76%) ce qui est énorme, s’agissant d’élections locales.
En France, on a tendance à considérer qu’une participation élevée profite à la Gauche, car les classes populaires moins politisées et en théorie favorables aux partis de Gauche se mobilisent plus difficilement et plus tardivement, mais c’est faire fi de la dynamique des situations.
Alors que le rejet local des mesures sanitaires strictes préconisées par le gouvernement a produit une épidémie plus violente dans la communauté de Madrid par comparaison à la moyenne du pays, le discours ultra-libéral de la Droite madrilène, violemment hostile aux restrictions sanitaires posées par le gouvernement central, et idéologiquement calqué sur celui des trumpistes étatsuniens, a mobilisé bien au-delà de son électorat habituel, en particulier dans les classes populaires paupérisées par la crise, comme le montre ce diagramme (publié par El Pais) :

à gauche: élection de 2021 ; à droite: élection de 2017

On voit que c’est dans la classe moyenne et les classes populaires que la Droite a le plus progressé (d’environ 10%) alors que la Gauche a sévèrement décroché dans les classes moyennes (d’environ 15%) et dans une moindre mesure dans les classes populaires (d’environ 10%). Dans les classes aisées (les 2 déciles supérieurs de revenu) le rapport de force Droite-Gauche, déjà très favorable à la Droite, a peu évolué (parce que la minorité de membres des classes aisées qui votent à Gauche le font à partir de choix idéologiques beaucoup plus structurés que ceux de la moyenne des citoyens et qu’ils sont de ce fait moins sensibles à la conjoncture étant moins directement touchés par la crise.)

Autrement dit, la double polarisation impulsée par la Droite entre autonomie de l’échelon local et réglementation par l’échelon central, d’une part, et entre priorité à l’économie et priorité au sanitaire, d’autre part, a trouvé un double écho auprès des couches populaires précarisées, d’une part, et auprès des classes moyennes imprégnées d’idéologie (néo-)libérale, d’autre part.

Deuxième leçon à tirer : les divisions de la Gauche lui nuisent fortement dans les classes populaires

La polarisation au sein de la Gauche madrilène était double : une polarisation entre le mouvement municipaliste ‘Mas Madrid’ et le PSOE (actuellement à la tête d’une fragile coalition avec Podemos au gouvernement national), d’une part, et entre le mouvement populiste Podemos et le reste de la Gauche, d’autre part.

Le résultat des élections montre une légère progression de Podemos et de ‘Mas Madrid’ qui ne compense pas l’affaiblissement du principal parti de gouvernement qu’est le PSOE, victime à la fois de sa position de gestion de la crise sanitaire et de la dynamique droitière à Madrid.

Cet affaiblissement du PSOE est particulièrement frappant sur le diagramme qui suit :

PP en bleu, PSOE en rouge

Le PP a pratiquement doublé son pourcentage de vote dans les classes populaires et moyennes, du fait de l’effondrement de son concurrent Ciudadanos, et il est redevenu le parti hégémonique à droite, car contrairement à ce qui se ressasse sur Médiapart, ce n’est pas le fascisme qui menace l’Europe mais la reconstruction d’une Droite dure (similaire à ce qu’était chez nous le parti gaulliste d’autrefois) capable de ratisser large dans toutes les couches de la société.
On voit aussi que, s’agissant d’élections locales où la gestion concrète d’un exécutif en période de crise donne une prime aux sortants, l’extrême-droite identitaire, raciste et protestataire que représente le parti Vox ne progresse pas en pourcentage :

PP en bleu, Vox en vert

Ce qui fait ici la force de la Droite, c’est un parti économiquement néolibéral et sociétalement conservateur voire réactionnaire réunissant une vaste clientèle électorale sur une base trans-classiste. Ceci fait aussi la faiblesse de la Gauche. S’agissant de démontrer à l’électorat une capacité à piloter un exécutif régional de poids, la fragilisation du PSOE a réduit la crédibilité d’ensemble de la Gauche, d’autant plus que l’image de Pablo Iglésias, en dehors d’une frange se voulant radicale de la petite-bourgeoisie, est exécrable. Dans les interviews d’électeurs des quartiers populaires publiées par El Pais, il est surnommé ‘colita’ (allusion à sa queue de cheval) par dérision et fortement critiqué pour son opportunisme et son discours clivant et non-constructif.
L’électorat populaire qui vote traditionnellement à gauche par réflexe culturel, plutôt que par profonde conviction politique, reproche au PSOE l’accord gouvernemental passé avec Podemos, Il s’en est en partie détourné au profit du PP, dont le discours volontariste sur la nécessité de relancer l’activité économique à tout prix a porté auprès d’un électorat précarisé subissant fortement le contrecoup économique de la pandémie.

Troisième leçon : la dénonciation du fascisme est un discours inopérant

Cette posture de dénonciation, plus préoccupée de cliver que de rassembler est inopérante, car la menace actuelle en Europe du Sud n’est pas tant le fascisme que la remobilisation d’une droite dure à la fois libérale et populiste redevenant hégémonique dans chaque pays, avec l’aide des médias aux mains de l’oligarchie.

Les discours de dénonciation de la montée du fascisme tenus en Espagne par un Pablo Iglesias (ou en France par un Benoît Hamon et par une certaine frange de la Gauche) ne servent qu’à énoncer l’impuissance de leurs auteurs à offrir une vision unificatrice positive à l’ensemble de la Gauche.
La principale menace politique aujourd’hui en France n’est pas tant le fascisme que la consolidation de l’alliance néo-libérale entre Macronistes et Ripoublicains. Les manœuvres en cours dans le contexte des prochaines élections régionales nous en donnent un avant-goût, et Sarkozy ne dissimule pas son intention de soutenir la réélection de Macron...

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