Prophylaxie du coronavirus

il est urgent, au vu des données disponibles sur la propagation du coronavirus par aérosolisation, de renforcer les mesures prophylactiques.

Contrairement à ce que prétendent certains, le SARS-Cov-2 n’est pour l’instant devenu ni plus ni moins virulent : à âges et comorbidités comparables, la différence de taux de mortalité entre le début de l’épidémie et la période actuelle s'explique par l’amélioration des traitements symptomatiques de la maladie (oxygénation sans intubation, utilisation de la dexaméthasone...)

Aucune des nombreuses petites mutations observées à ce jour par le réseau mondial des virologues n'a modifié significativement l'infectiosité du virus.

Par ailleurs, les discours lénifiants sur la disparition prochaine de l’épidémie qu’on continue d’entendre dans la bouche de Trump et de trop d'autres bateleurs médiatiques sont malheureusement démentis quotidiennement par les données disponibles : oui, on détecte plus de cas parce que l’on teste plus, mais le nombre de cas positifs croît nettement plus vite que le nombre de tests, ce qui montre une nouvelle intensification de l'épidémie.

Une autre source de bouffées délirantes, y compris dans le club de Mediapart, est la contestation de l’utilité du port du masque. Certes le masque doit être très régulièrement lavé (s'il est réutilisable) ne pas être manipulé et ne pas être porté plus de quelques heures d'affilée, mais moyennant ces précautions, il constitue une première barrière efficace même si pas absolue.

Su ce point, au lieu d’écouter n’importe quel charlot à qui des journalistes paresseux et incultes tendent des micros complaisants, le mieux est de se référer à l’état des connaissances scientifiques disponibles : une synthèse parue récemment dans Nature permet de remettre en perspective les inepties proférées par certains irresponsables comme L. Tubiana et relayées par des gens dont certains se prétendent par ailleurs médecins, ce qui ne montre qu’une chose : l’incompétence scientifique crasse de trop nombreux médecins français, y compris des professeurs d'université (et leur paresse ou leur incapacité à s’informer sérieusement dans la presse scientifique).

Dans cet article, les auteurs exposent loyalement les incertitudes qui subsistent concernant les types de masques, les modes d’exposition etc. mais il est néanmoins intitulé sans ambigüité « Face masks save lives «  (les masques faciaux sauvent des vies) et il nous indique que :

1°) une étude portant sur 200 pays (et s’arrêtant à fin août) montre que la croissance hebdomadaire du taux de mortalité est 4 fois inférieure là où les masques ont été recommandés ou rendus obligatoires par le gouvernement, par comparaison avec les autres.

2°) Une autre étude portant sur les mesures adoptées (ou non) par différents Etats aux USA concerne l’usage du masque pendant les mois d'avril et mai (c’est-à-dire au plus fort de la première vague). Les auteurs estiment que cela aura permis une réduction du taux de contamination de l’ordre de 2 % par jour, et qu’en données cumulées jusqu’à 450 000 nouveaux cas auront ainsi été évités en 2 mois, indépendamment de l’influence d’autres mesures adoptées comme la pratique de la distanciation physique et la réduction des contacts sociaux rapprochés.

Le port systématique du masque en association avec les autres mesures recommandées (lavage fréquent des mains, limitations des contacts interpersonnels etc.) est donc utile mais il ne suffit pas, d’autant plus que l’on sait depuis plusieurs mois que l’aérosolisation est un problème réel : le premier indice en a été la poursuite de la propagation du virus, probablement via les gaines de climatisation, à bord du bateau de croisière Diamond Princess resté bloqué pendant plusieurs semaines au Japon, et ce malgré le confinement strict des passagers dans leurs cabines.

Cet autre article paru récemment dans Science recommande de fixer le seuil distinguant les gouttelettes (qui tombent rapidement au sol) des aérosols (susceptibles de flotter plus longtemps dans l’air) à 100 microns (plutôt que le seuil habituel de 5 microns définissant les aérosols). L’aéroportage possible de mini-gouttelettes d’une taille allant jusqu’à 100 microns signifient que des quantités significatives de virus peuvent se balader en suspension dans l'air et constituer un risque de contamination dans les espaces confinés, risque qui est encore mal évalué.

Les autorités françaises de santé, qui nous ont hélas habitués à avoir toujours deux ou trois métros de retard sur l’état des connaissances scientifiques, n’ont à ce jour défini aucune stratégie prophylactique pour atténuer les risques spécifiquement liés à l’aérosolisation.
Il y aurait pourtant deux mesures simples à prendre et à faire prendre, en plus des mesures que l'on continue de nous rabâcher à longueur de spots gouvernementaux, dans tous les lieux concentrant du public avec ou sans masques (restaurants, espaces de bureau partagés, salles de classes etc.)

La première mesure est d’aérer très régulièrement les locaux (soit en continu soit typiquement tous les quarts d’heure au maximum). Dans les endroits où aucune aération directe n’est possible (fenêtres scellées dans les tours de bureaux, par exemple) des purificateurs d’air devraient être rendus obligatoires et installés à l’intérieur ou à proximité immédiate des bouches de climatisation ou d'aération.

La seconde mesure essentielle consisterait à rendre obligatoire l'installation de rampes émettrices de rayons ultra-violets de courte longueur d’onde (UV-C) qui sont les plus efficaces pour tuer toutes ces bestioles (des modèles portatifs existent également pour la désinfection des surfaces).

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