Il n'en reste que deux, mais ce sont les meilleurs !

Comme je l’ai indiqué dans un précédent billet, les tournois d’échecs, comme toutes les compétitions sportives, ont été annulés ou suspendus pour cause de pandémie. Mais, telle un célèbre village gaulois, une couple de joueurs résiste encore et toujours au coronavirus.

Comme je l’ai indiqué dans un précédent billet, les tournois d’échecs, comme toutes les compétitions sportives, ont été annulés ou suspendus pour cause de pandémie. Mais, telle un célèbre village gaulois, une couple de joueurs résiste encore et toujours au coronavirus.

En effet, les deux meilleurs joueurs du monde continuent à s’affronter dans un match en 100 parties. Il s’agit respectivement du programme classique Stockfish 20200407DC, champion du monde en titre, et du réseau neuronal LCZero v0.24-sv-t60-3010, plus connue sous son petit nom de Leela (car il y a consensus pour considérer Leela comme une entité féminine) et qui est l’enfant chérie de Mister Google.
Ces programmes sont tous deux cotés aux alentours de 3850 points Elo, soit 1000 de plus que le champion du monde humain Magnus Carlsen. Sachant qu’une supériorité de 100 points Elo représente une probabilité de gagner deux fois plus souvent que l’adversaire, vous pouvez imaginer la puissance de ces machines...
L’an dernier, c’est AllieStein, un autre programme à réseau neuronal, qui avait affronté Stockfish en finale (et qui avait perdu de justesse).
La superfinale de la 17ème édition du Top Chess Engine Championship (TCEC) se déroule en ce moment et on peut la suivre en direct sur ce site : https://tcec-chess.com/
C’est le match-revanche de la superfinale d’il y a deux ans, qui avait été remportée assez largement par Leela sur le score de 53,5 à 46,5 et avait alors confirmé de manière fracassante l’arrivée à maturité des systèmes à réseaux neuronaux dans le secteur du jeu d’échecs, avec des conséquences intéressantes quant à la théorie des ouvertures.
Après les 50 premières parties du match, Leela mène à mi-parcours sur le score de 26 points à 24 et se trouve donc en bonne posture pour reprendre le titre qui lui avait échappé l'an passé où elle n'avait fini que 3ème.
Pendant longtemps, une faiblesse des programmes a été leur tendance à privilégier une approche étroitement matérialiste du jeu sans savoir apprécier les compensations offertes par des sacrifices positionnels à longue portée stratégique, mais ce n’est plus le cas : pour vous en convaincre, vous pouvez aller jeter un coup d 'oeil à la 49ème partie du match en cours, au cours de laquelle Leela a sacrifié la Dame Noire contre seulement deux pièces mineures et a quand même obtenu la nulle au… 193ème coup !
Le plus intéressant à mes yeux est que, pendant presque toute la partie, alors que l’estimation de Stockfish restait obstinément très proche de zéro, Leela a surestimé la valeur de sa position, souffrant apparemment d’un biais cognitif très semblable à celui de beaucoup de joueurs humains qui ont tendance à surestimer leur position juste parce que c’est la leur. D'une manière générale, comme je l'avais déjà constaté, la fonction d'évaluation des programmes classiques est moins instable, malgré l'effet d'horizon, que celle des réseaux neuronaux, souvent victimes de biais incontrôlables de leur méthode statistique d'évaluation.

 

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