Présidentielles argentines: les petits candidats et le panachage des votes

Le recrutement du péroniste Pichetto par Macri, celui du zigzaguant Massa par les Fernandez et celui d'Urtubey (un autre péroniste) par Lavagna annoncent une mêlée particulièrement confuse entre les 3 principaux candidats.

La course à l'extension de leurs périmètres idéologiques respectifs entre ces trois principaux candidats tend à faire oublier la présence des "petits candidats" qui devront tout d'abord franchir l'obstacle des primaires du 11 août pour avoir le droit de concourir aux présidentielles du 27 octobre. Pour cela, ils devront obtenir au moins 1,5% des voix ce qui est un seuil modeste mais qui sera néanmoins difficile à franchir pour certains.

Il faut aussi tenir compte du "corte de boleta" qui consiste, dans le cas d'élections provinciales et nationales simultanées (en particulier dans la province de Buenos Aires), à panacher son vote en choisissant un candidat présidentiel d'un parti et un candidat provincial d'un autre.

Pour évaluer les chances des différents candidats il faut donc prendre en compte à la fois les petits candidats et la possibilité qu'ont certains électeurs de panacher leur vote.

Parmi les petits candidats, le groupe le plus important est le binôme trotskyste du FIT (PTS+PO) constitué par Nicolas Del Caño (du PTS, déjà candidat en 2015; il a été élu député pour Mendoza avec le bon score de 17% des voix mais n'a fait que 3% à la présidentielle) et Romina Del Pla (PO, qui remplace cette année Miriam Bregman).

Pour résumer, c'est un peu comme si le NPA et LO parvenaient à présenter une candidature commune à la présidentielle française.

Malgré leurs appellations ronflantes de "Parti des Travailleurs Socialistes" et de "Pôle Ouvrier", leur base militante et électorale dans le Grand Buenos Aires est principalement constituée d'enseignants et d'employés de la fonction publique car le prolétariat local reste en très grande majorité fidèle à la mythologie péroniste. Cette candidature a fédéré presque tout ce que l'Argentine compte de groupuscules auto-proclamés révolutionnaires, ce qui est en soi en exploit, quant on connaît la scissiparité compulsive des groupes gauchistes. Il peut espérer obtenir entre 3 et 5% des voix, selon l'impact du vote utile pour les Fernandez en regard du rejet que peut susciter Massa au sein de la gauche kirchnériste.

De l'autre côté de l'échiquier politique, on trouve deux candidats qui représentent deux facettes distinctes de la droite argentine:
a) sur le versant national-catholique, campe l'ancien militaire putschiste Gomez-Centurion,
b) sur le versant ultra-libéral, on retrouve sans surprise l'économiste José-Luis Espert qui passe son temps à expliquer que la politique d'ajustement de Macri est insuffisamment brutale. On peut le voir comme un héritier de l'UCD d'Alsogaray (un petit parti de la droite libérale dans lequel Massa commença sa zigzaguante carrière).

Ces deux-là représentent en fait une version extrême des deux facettes que présentait le candidat Lopez-Murphy (qui obtint tout de même 15% des voix en 2003): la combinaison d'un ultra-libéralisme austéritaire en économie avec un ultra-conservatisme "catho-tradi" sur le plan sociétal.

Du fait de la conjonction du vote utile en faveur de Macri et du vote "économiquement raisonnable" en faveur de Lavagna, ces deux-là ne franchiront probablement pas la barre des 1,5%, ce qui est le signe que, comme chez nous, les dinosaures de la Droite conservatrice traditionnelle n'ont plus le vent en poupe, du fait de l'évolution culturelle de la société (car, comme partout, les affaires de prêtres pédophiles ont considérablement réduit les prétentions à l'hégémonie de l'Eglise Catholique Romaine sur les normes sociales) d'une part, et des dégâts sociaux infligés par la mondialisation néo-libérale, d'autre part. Leurs discours ne sont tous simplement plus guère audibles, et le seul mérite de ces candidatures de témoignage est de dire tout haut ce que pense très fort une bonne partie du "noyau dur" de l'électorat macriste.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.