Le "cacerolazo" entre à l'académie

l'Académie Royale Espagnole, nettement plus réactive que la nôtre (mais la proportion de vieux croûtons y est bien moindre) vient d'introduire un millier de nouveaux mots dans son dictionnaire, dont un bon paquet d'origine latino-américaine comme le fameux "cacerolazo" (manifestation accompagnée par des bruits de cuillères et louches frappant des casseroles).

Contrairement à ce que croient beaucoup de gens en Europe, le "cacerolazo" latino-américain n'est pas une forme de manifestation issue des classes populaires mais plutôt un défilé de bourgeois grands et petits: les premiers "cacerolazos" ont été organisés contre le gouvernement Allende par la droite chilienne en 1972-1973 (les bourgeoises des beaux quartiers y emmenant leurs employées de maison pour faire nombre.)

J'ai entendu sur place les "cacerolazos" argentins de fin 2001 à Buenos Aires: plutôt que de se fatiguer à aller défiler dans la touffeur de l'été austral, le gros de la classe moyenne en colère sortait le soir sur ses balcons pour taper sur ses casseroles et protester contre la politique de De La Rua et Cavallo. L'intérieur des "pulmones" des "manzanas" (les espaces intérieurs des pâtés de maisons) résonnait de façon impressionnante et le vacarme enveloppait toute la ville. Des cacerolazos de bien moindre ampleur ont été organisé ces dernières années par l'aile la plus réactionnaire de l'opposition au gouvernement kirchneriste.

Plus récemment, on a retrouvé l'an dernier les mêmes visages de bourgeoises aisées qu'au Chili pré-pinochétiste (avec en plus des bronzages soigneusement entretenus sur les plages de Miami) qui manifestaient dans les beaux quartiers de Caracas contre le gouvernement chaviste.

Vu l'inefficience et la corruption de nombre de gouvernants latino-américains toutes tendances politiques confondues (à la très remarquable exception de Michelle Bachelet au Chili), d'une part, et la mentalité putschiste des classes dominantes, d'autre part, le "cacerolazo" comme expression de la protestation populiste de droite a certainement encore de beaux jours devant lui.

 

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