Le machisme argentin en politique

La dernière sortie médiatique de Macri a provoqué une réprobation méritée.

Comme la plupart des politiciens de Droite, et encore davantage en Argentine que chez nous, le président sortant (et bientôt sorti) Mauricio Macri aime à barboter dans les stéréotypes machistes les plus niais. Il a comparé les déséquilibres commerciaux et fiscaux de l'Argentine à une femme dépensant sans compter avec la carte de crédit de son mari jusqu'à hypothéquer la maison.

Il a essuyé une telle vague de dénonciations de ses propos qu'il a ensuite tenté d'amender son discours pour en atténuer le déplorable effet sur l'électorat féminin, mais sans grande réussite.

Au-delà du présupposé machiste de la distribution des rôles dans le foyer familial au sein d'une classe moyenne supérieure qui constitue par ailleurs le noyau dur de son électorat (un malheureux mari travaille durement pour gagner l'argent que dépense une épouse oisive et écervelée) c'est surtout la sempiternelle comparaison entre gestion du budget de l'Etat et gestion du budget d'un ménage qui ne tient pas debout (les dépenses de l'Etat ne sont pas uniquement de la consommation mais aussi de l'investissement collectif et le concept d'épargne de précaution n'a aucun sens macro-économique), mais cette comparaison éculée continue d'être ressassée au nom du "bon sens" par la plupart des gestionnaires de Droite (on peut chez nous remonter à Raymond Barre, voire à Antoine Pinay, pour en retrouver l'expression sous des formes variées.)

Mais qu'allait faire Macri dans cette galère ?

En réalité, Macri souffre du syndrome Fillon consistant à mettre la barre "à droite toute"; il sait qu'il perdra les élections du 27 octobre dès le premier tour (les derniers sondages donnent 20 points d'avance à son rival Fernandez) et il ne cherche plus qu'à envoyer des signaux à la fraction la plus droitière de son électorat (ses récentes déclarations contre l'extension du droit à l'IVG, accompagnant un baiser dévot au foulard bleu qui sert de symbole aux anti-IVG, sont un autre signal en ce sens). Son but est simplement de consolider un socle minimal qui permette à son parti PRO de conserver quelques  bases de pouvoir (et en premier lieu la municipalité de la capitale) afin de survivre à la débâcle annoncée.

Les dirigeants de l'UCR (centre-droit) après avoir perdu beaucoup de plumes dans les récentes élections provinciales du fait de leur alliance avec un Macri totalement discrédité, sont sur le point de reprendre leur autonomie, et le PRO risque de redevenir un parti-croupion enfermé dans sa place forte originelle de la Cité Autonome de Buenos Aires (CABA), ipso facto réduit à la marginalité politique qui est aujourd'hui celle de LR en France (en fait sa situation est bien pire que celle des héritiers de Sarkozy et Fillon, car LR bénéficie encore d'un ancrage municipal, régional et sénatorial que le PRO n'a jamais eu.)

Le plus surprenant dans le déroulement de cette élection est que la Droite argentine, contrairement à la Droite française largement ralliée à Macron, n'a pas eu la lucidité de se reconfigurer à temps autour d'un candidat de secours (Lavagna aurait pu jouer ce rôle, mais il reste bloqué à 10% dans les sondages). Comme quoi, cette Droite "gorila" pourrait disputer à la nôtre le titre de "Droite la plus bête du monde".

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