Qui sont les putschistes boliviens?

Derrière les discours fascisants, catho-intégristes et racistes de la présidente auto-proclamée Añez et du principal dirigeant putschiste Camacho il y a aussi des intérêts économiques très concrets et une volonté de revenir au modèle néo-libéral.

Derrière les discours fascisants, catho-intégristes et racistes de la présidente auto-proclamée Añez et du principal dirigeant putschiste Camacho il y a aussi des intérêts économiques très concrets et une volonté de revenir au modèle néo-libéral.
Le ministre du gouvernement transitoire Murillo a promis de lancer une « chasse » ("una caceria") aux dirigeants du MAS, citant nommément plusieurs d'entre eux comme le vice-président Linera, ainsi que les ministres Quintana et Moldiz qualifiés de « séditieux ».
Comme on dit chez nous dans les cours d'école: "c'est çui qui l'dit qui y est ".
La brutalité des putschistes s'exerce non seulement envers leurs opposants politiques directs et les populations indigènes qui les soutiennent mais aussi envers des journalistes qui tentent de rendre compte des événements en cours à La Paz.
Plusieurs journalistes argentins appartenant à des médias pourtant peu réputés pour leur gauchisme comme Canal TN ont été accusés de "sédition" par la nouvelle ministre de la communication Lizarraga. Menacés de mort, ils se sont réfugiés à leur ambassade en attendant d'être rapatriés à Buenos Aires. Leur diffusion de vidéos et photos montrant des civils (dont certains munis armes de poing) brûlant le drapeau indigène (appelé whipala) et obligeant des partisans de Morales à s'allonger à terre ou à s'agenouiller et leurs reportages sur la montée d'un mouvement de résistance au putsch constituaient apparemment autant de révélations gênantes pour le nouveau pouvoir. Du coup, l'ambassadeur d'Argentine a été obligé de protester (oh, très mollement...) contre ces atteintes à la liberté de la presse.

On aimerait entendre la rédaction de Médiapart, si prompte à dénoncer les violences policières et les actions d'intimidation de journalistes de la part de l'extrême-droite française, se solidariser avec ses collègues latino-américains. L'intense répression policière contre les partisans de Morales, répression qui a fait cinq morts et des dizaines de blessés hier près de Cochabamba n'a pas non plus mérité la une: c'est à croire que, comme les dames patronesses d'autrefois avaient leurs bons et leurs mauvais pauvres, Médiapart ait ses bons et ses mauvais indigènes.

Certains discours antérieurs de la pseudo-présidente Añez qualifiant les cérémonies religieuses indigènes de « rites sataniques » et invitant tous les Indiens à quitter les villes « où ils n'ont rien à faire » ont été ressortis des archives et montrent bien le niveau d'intolérance et de racisme, dans une logique explicite d'apartheid ethno-religieux, que ce sinistre personnage incarne.
Au-delà de leurs discours, les hommes qui veulent prendre le pouvoir en Bolivie servent aussi des intérêts économiques bien définis: le nouveau ministre de l'économie Parada est un homme qui a navigué entre le secteur privé (en particulier les industries textiles et sucrières) et le gouvernement départemental de Santa Cruz, bastion des putschistes. Son premier objectif déclaré est d'abaisser les royalties sur l'exploitation des ressources naturelles afin de « rassurer les investisseurs ».
Quant au putschiste en chef Camacho, ce n'est pas seulement un catho-fasciste vociférant mais aussi (et peut être surtout) le dirigeant d'une entreprise du secteur privé des assurances et de la santé « Nacional Seguros Vida et Salud ». On peut donc penser qu'en intensifiant ces dernières semaines l'agitation contre Morales (dont le programme électoral prévoyait un développement des services de santé publique) Camacho défendait aussi ses propres intérêts économiques.

On peut en parallèle se demander pourquoi (tout comme Lula au Brésil) Morales a préféré pendant une douzaine d'années encourager un consumérisme à courte vue plutôt qu'investir davantage dans les secteurs de l'éducation et de la santé, mais c'est un autre débat, quant à lui déjà assez copieusement couvert dans le Club de Mediapart.

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