Doutes sur la viabilité économique des pétroliers de schiste nord-américain

Plusieurs consultants indépendants ont révélés que l'exploitation du pétrole de schiste était loin de tenir ses promesses sur le plan économique. Le Wall Street Journal s'en est même fait l'écho.

S'appuyant sur des études de consultants indépendants comme Rystad Energy et Wood Mackenzie, le Wall Street Journal a publié le 15 janvier un article inquiétant quant à la viabilité économique du pétrole de schiste étatsunien. Le principal problème est que les projections des opérateurs extrayant ce pétrole non-conventionnel se révèlent trop optimistes:
Les exploitants de la zone d'Eagle Ford prévoyaient d'extraire en moyenne 1,3 Mb/j (millions de baril par jour) mais n'en ont tiré que 0,482 Mb/j en 2018. Dans le bassin Permien les prévisions de 0,96 Mb/j sont descendues à 0,72 Mb/j.
Plus grave encore, les "business plans" de ces exploitants sont basés sur une exploitation des puits pendant 50 ans, avec une baisse progressive du débit de l'ordre de 5 à 10% par an. Mais le recul disponible sur 5 ans d'exploitation indique que la baisse est en fait de l'ordre de 15% par an, ce qui veut dire qu'en moins de 5 ans un nouveau puits va voir sa production divisée par 2...
La situation financière des petits opérateurs est précaire: ce secteur de l'industrie pétrolière n'a engendré un cashflow positif que pendant un seul trimestre (sur 29 !) depuis 2010 et les principales compagnies (représentant environ 60% de la production de pétrole de schiste) ont accumulé 112 milliards de dollars de dette. S'agissant d'investissements risqués on leur prête à des taux élevés: leurs remboursements de dette sont de l'ordre de 7 milliards en 2018 et leurs besoins de refinancement d'une partie de leur dette sont également élevés (2,4 milliards par an) et la remontée des taux d'intérêt ne fait pas leur affaire. Beaucoup ont prévendu leur pétrole pour obtenir de quoi couvrir leurs dépenses en capital (en moyenne, les 33 principales compagnies ont prévendu 42% de leur production à 52 $/b). Certaines petites compagnies comme Parsley ont prévendu la totalité de leur production, et seulement les 2 ou 3 plus grosses sont actuellement rentables financièrement, ce qui permet aux gros pétroliers conventionnels comme Exxon ou Chevron (qui ont un coup de production total de l'ordre de 40$/b sur le conventionnel et des réserves financières que n'ont pas les petits producteurs) de monter en puissance dans le non-conventionnel.

Seule une remontée rapide de l'indice WTI vers les 60 $/b (qui est le niveau moyen permettant aux pétroliers de schiste de ne plus perdre d'argent) permettra aux compagnies les plus endettées de se maintenir à flot.

Le niveau d'endettement des pétroliers non-conventionnels reste bien plus petit que les défauts cumulés sur les "subprimes" observés en 2007-2008 (10 600 milliards), mais il est du même ordre de grandeur que la masse de défauts sur les prêts étudiants (75 milliards) qui est devenu un très sérieux sujet de préoccupation aux USA.

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