L'incendie de Notre-Dame de Paris vu d'Argentine

à Buenos Aires, comme partout à travers le monde, les images de l'incendie ont tourné lundi après-midi en boucle sur les chaînes d'information continue.

à Buenos Aires, comme partout à travers le monde, les images de l'incendie ont tourné lundi après-midi en boucle sur les chaînes d'information continue. Cette frénésie médiatique m'a rappelé la chute des tours jumelles du World Trade Center, et sans doute que certains téléspectateurs ont été un peu frustrés de ne pas voir les deux tours jumelles de Notre-Dame s'effondrer dans un grand nuage de poussière.

Mais en Argentine, il n'y a pas que les faits-divers, aussi exotiques et dramatiques soient-ils, et dans le café de Belgrano où je me trouvais en fin d'après-midi un des garçons s'est dirigé à 17h30 d'un pas décidé vers l'écran suspendu au fond de la salle pour changer de chaîne et basculer sur un match de foot. Ici, il y a quand même des choses plus importantes que l'incendie de Notre-Dame, et le foot en fait partie.

Mardi matin, on a eu droit sur toutes les radios à un résumé plus ou moins détaillé de l'histoire de la construction de la cathédrale et à des interviews téléphoniques des Argentins de Paris comme la correspondante de La Nacion Corradini ou l'architecte-académicien Katz.

Tout au long de la journée, les commentateurs tartinaient à qui mieux mieux dans l'émotionnel et le culturel-pour-tous: les larmes des badauds parisiens contemplant l'incendie, Victor Hugo, Quasimodo, Esmeralda, les gargouilles, le couronnement de Napoléon, Paris Brûle-t-il, Edith Piaf... tout y est passé.

Au passage, on se moquait de Trump qui avat proposé d'envoyer les Canadairs (même les journalistes les plus inconditionnellement PRO-américains aiment bien se moquer de Trump; ici, comme partout, on préfère les cibles faciles).

Il faut dire aussi que dans un pays de forte tradition catholique comme l'Argentine, une sincère tristesse s'exprime, et ce d'autant plus que le culte marial y est d'une intensité proportionnelle au fonctionnement encore très patriarcal de la société. Le principal sanctuaire du pays, Notre-Dame de Lujan a d'ailleurs été construit sur les plans d'un architecte français qui s'est inspiré des tours jumelles de Notre-Dame de Paris,

Pour en revenir à l'incendie lui-même, les dégâts m'ont paru finalement assez limités eu égard à la violence de l'incendie: la toiture est certes à refaire entièrement, mais le seul gros dommage structurel visible est le trou dans la voûte causée par l'effondrement de la flèche surplombant le transept, ce qui démontre au passage que la tardive érection de cet appendice phalloïde par Viollet-Le-Duc était une grosse connerie.

J'espère que la reconstruction du toit supprimera ou à tout le moins réduira significativement cette flèche compte tenu du risque avéré que son poids représente pour la structure sous-jacente.

Quant aux dégâts à l'intérieur, les informations sont encore imprécises mais il semble que tous les principaux grigris catholiques aient été sauvés, ce dont je suis content pour ceux à qui cela importe (sans pour autant cesser de considérer le culte des reliques comme un vulgaire retour de trip chamanique).

Les vitraux éventuellement abîmés parce que leurs plombs auront fondu à cause de la chaleur de l'incendie ont été tellement photographiés et dessinés qu'il sera possible (même si cela prendra du temps et coûtera de l'argent) de les réparer de manière satisfaisante. Idem pour les grandes orgues.

Quant aux tableaux du 17ème et 18ème qui décoraient les chapelles, même si certains ont été endommagés ce qui n'est pas certain, ce ne sont quand même pas des chefs-d'oeuvre peints par Michel-Ange, Le Titien ou Delacroix. Du point de vue pictural, Notre-Dame n'était ni la chapelle Sixtine ni même Saint-Sulpice.

En tout cas, le concours de philanthropie entre milliardaires du CAC40 m'a profondément ému (non, là je blague).

Je présume que Macron ne manquera l'occasion d'inclure toutes ces donations dans son évaluation des avantages économiques de la suppression de l'ISF.

 

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