Argentine: lourde défaite du gouvernement aux élections provinciales

Le gouvernement argentin a subi quatre nouvelles défaites aux élections provinciales de ce dimanche dans une ambiance de fin de règne accentuée par les intempéries et l'absence d'énergie électrique.

Dans la très misérable province septentrionale de Formosa, le cacique Gildo Insfran (par ailleurs mis en cause dans une sombre affaire de détournement de fonds publics impliquant également l'ancien banquier ménémiste Moneta, décédé la semaine dernière) règne depuis 30 ans en symbole de la tradition clientélaire du péronisme, et sa réélection ne faisait aucun doute (il a obtenu 70% des voix).

En Terre de Feu, deux péronistes kirchnéristes se confrontaient et c'est l'ex-radical de FORJA (l'aile la plus progressiste des radicaux, issue des protestations étudiantes contre les dictatures militaires des années 1950 et 60) qui l'a emporté avec près de 50% des voix (mais il devra en passer par un second tour). Là-bas tout au sud, le représentant du pouvoir néo-libéral a obtenu un score digne d'un groupuscule trostkyste (2,9%).

Dans le fief des indéboulonnables Rodriguez-Saà (la famille Saà y a eu son premier gouverneur en... 1860 et le premier de la dynastie élargie des Rodriguez-Saà y fut chef de la police dans les années 1900) le duel fratricide entre l'Alberto et l'Adolfo s'est terminé à l'avantage du premier. Adolfo est passé à la postérité pour avoir été pendant quelques jours président intérimaire de la république début 2002, suite à la mémorable exfiltration héliportée de De La Rua (je me trouvais à Buenos-Aires pendant ces journées historiques).
L'Adolfo avait convoqué les gouverneurs péronistes à une réunion dans la résidence présidentielle de Chapadmalal mais face à leur boycott de sa convocation il n'avait eu d'autre choix que de se retirer piteusement (dans mon premier roman "argentin" Les Neiges du temps, publié il y a dix ans, j'avais satirisé l'Adolfo sous le surnom de "Sourire d'un mètre de large").
Dans la perspective des présidentielles, ces défaites prévisibles sont anecdotiques car le poids de ces provinces dans la démographie électorale est faible, voire très faible.
En revanche, la très lourde défaite de Cambiemos à Santa Fe, troisième plus grosse province du pays est un très mauvais signe pour la coalition sortante, qui n'avait perdu en 2011 et 2015 l'élection au poste de gouverneur que de très peu, et qui se retrouve aujourd'hui à moins de 20% des voix à moins de six mois de l'élection présidentielle, en dépit (ou peut-être à cause...) du soutien appuyé apporté au candidat officiel par les plus bruyantes propagandistes de Cambiemos que sont Elisa Carrio et Patricia Bullrich.
Dans cette province, le candidat socialiste a été victime de l'usure du pouvoir (à Santa Fe, les péronistes ont gouverné la province de 1983 à 2002 et viennent donc de la reprendre aux socialistes après 12 ans d'alternance) et surtout de la montée de l'insécurité liée aux guerres entre clans du trafic de drogue à Rosario, à laquelle les affontements armés entre bandes font mériter de nouveau son surnom ancien de Nouvelle Chicago.

PS: je reviendrai sur la gigantesque panne d'électricité qui a fait hier la une des journaux dans le monde entier lorsque j'y verrai plus clair (c'est le cas de le dire !) sur les causes de l'incident.
Apparemment, le point de départ de l'effondrement du réseau fut une coupure de ligne à très haute tension (500 000 V) reliant deux des grands ouvrages hydroélectriques du Nord-Est (Yacyreta et Salto Grande) mais on n'en sait pas plus pour le moment.

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