Coup de théâtre chez les péronistes

CFK ne sera pas candidate à la présidence

Tous les augures de droite comme de gauche l'assuraient: Cristina Fernandez de Kirchner préparait sa candidature à la présidentielle... et son rapprochement récent avec Alberto Fernandez (qui avait quitté le gouvernement en mauvais terme avec CFK) visait à atténuer son image ultra-clivante et à préparer une alliance avec d'autres péronistes.

Le ticket qui vient d'être annoncé s'intitule bien Fernandez-Fernandez, sauf que le candidat à la présidence sera Alberto et pas Cristina...

Alberto Fernandez est lui-même un apparatchik du PJ et il a l'expérience du pouvoir exécutif (il fut le chef de cabinet de Nestor Kirchner pendant toute la durée de son mandat).

Ce binôme inattendu vient d'annoncer sa candidature aux primaires péronistes du mois d'août.

La manoeuvre est claire: en se contentant d'un poste largement symbolique (en Argentine comme aux USA le vice-président n'a aucun pouvoir réel tant que le président est vivant) CFK prend acte du rejet qu'elle continue de susciter dans une large part de l'électorat (et les résultats médiocres des candidats kirchnéristes "pur sucre" lorsqu'ils sont entrés en compétition avec le parti péroniste "canal historique" plaidaient également en ce sens) tout en apportant à l'autre Fernandez le soutien de ses propres inconditionnels (environ 30% de l'électorat).

Autre aspect qui aura sans doute pesé dans le constitution de cet attelage mixte: dans un pays aussi patriarcal et machiste que l'Argentine, les chances d'un candidat sont supérieures à celles d'une candidate: la première élection de CFK avait été permise par la présence à ses côtés de Nestor Kirchner, son mari et président sortant, et sa réélection eut lieu dans la foulée du décès de Nestor et de l'intense émotion qu'elle déclencha.

L'opération Fernandez-Fernandez a aussi pour but de compliquer la tâche des notables péronistes traditionnels (très anti-kirchnéristes), qui furent longtemps Macri-compatible mais doivent aujourd'hui prendre acte de l'énorme impopularité du président actuel.

Regroupés autour de Schiaretti, Pichetto et Urtubey, ils tentaient ces derniers jours de rallier une partie des péronistes à la candidature centriste de Lavagna, mais leur leitmotiv du "Tout Sauf Cristina" pour essayer d'exclure CFK de la primaire péroniste (au prétexte tout à fait justifié qu'elle avait lancé aux élections intermédiaires de 2017 son propre mouvement Unidad Ciudadana en rupture avec le Parti) devient aujourd'hui plus difficile à entonner, maintenant qu'elle n'apparaît qu'en seconde ligne.

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