Promenades italiennes (4/4) : dans les rues de Bologne

Dans les rues de Bologne, l’histoire, la politique et l’art s’entrecroisent.

Comme dans toutes les villes du nord et du centre de l’Italie, la palette de couleurs terriennes allant du blanc cassé à l’ocre foncé en passant par le jaune-citron, l’orangé ou le gris-vert, dégage à Bologne une sensation d’harmonie visuelle.
Mais la grande spécificité de Bologne sont les kilomètres d’arcades ombrageant de larges trottoirs au long de toutes les avenues et rues principales. Imaginez les arcades de la rue de Rivoli à des centaines d’exemplaires et vous aurez une idée du paysage urbain de Bologne, si confortable pour les piétons qui peuvent ainsi circuler à l’abri du soleil et de la pluie.

Bologne et sa région sont aussi le coeur de la gastronomie italienne et si vous ne craignez pas d’avoir quelques kilos à perdre au retour, ses charcuteries et ses tagliatelles « al ragù » feront votre bonheur. J’y ai même déniché à quelques minutes de notre hôtel un excellent restaurant argentin à l’enseigne de « Los Aires del Plata » ce qui nous a ravi mon épouse et moi, car depuis la fermeture de « La Cueva del Diablo » il n’y a plus de bon restaurant argentin à Paris à un prix raisonnable.

Autre intérêt de Bologne : l’hôtellerie y est moins coûteuse qu’à Rome ou Florence, et l’on y est à moins d’une heure de train de Florence, de Parme, de Ferrare ou de Modène. Depuis cette position centrale, l’on peut donc rayonner aisément dans toutes les directions.

Mais revenons à l’histoire, la politique et l’art rencontrés au gré des rues de Bologne.

Bologne fut pendant des décennies la principale vitrine du communisme municipal italien, et pour cette raison fut la cible des néo-fascistes italiens (protégés et instrumentalisés par les services secrets locaux et la CIA) avec l’attentat d’août 80 qui fit 85 morts dans le hall de la gare.

« Le tournant de Bologne » de 1989 désigne le début du processus de transformation du PCI en Parti Démocrate (PD) à l’américaine avec Matteo Renzi (ancien maire de Florence et ancien premier ministre ‘social’-libéral) en Kennedillon aujourd’hui déchu. Si le PD a conservé la municipalité en 2016, il n’est plus que la première minorité aux dernières élections législatives avec 34 % des voix, le M5S ayant obtenu 24 % et la Ligue 15 %.
L’actuelle alliance gouvernementale d’extrême-droite représente donc aujourd’hui 39 % des voix dans ce qui fut Bologne-la-rouge.
Pourtant, à part quelques dizaines d’Africains venant faire la manche aux terrasses des cafés, on ne peut pas dire que les rues de Bologne soient très visiblement envahies par les immigrés d’outre-Méditerranée, et les voiles et barbes islamiques y sont d’ailleurs bien moins nombreux qu’à Paris.

Les graffitis anti-Renzi ont fleuri dans les rues de Bologne à un point tel que la municipalité semble avoir jeté l’éponge :

Graffiti anti-Renzi à Bologne Graffiti anti-Renzi à Bologne

 

 

 

 

 

La toponymie des rues reflète encore le passé communiste de la ville. J’ai ainsi vu passer dans une rue un bus dont le fronton annonçait comme terminus « Rosa Luxembourg » ; et ici, pas besoin de préciser qui était Antonio Gramsci :

viagramsci

 

 

 

viarosselli

 

 

 

 Cette plaque de rue rendant hommage aux frères Rosselli omet de préciser qu’ils furent assassinés en France par les fascistes français de l’Organisation Secrète d’Action Révolutionnaire Nationale (plus connue sous le surnom de La Cagoule) agissant sur le territoire national pour le compte de Mussolini (qui leur fournit des armes en échange). Ils étaient également financés par le gratin du patronat français de l’époque : Lemaigre-Dubreuil (patron de Lesieur), Schueller (fondateur de l’Oréal), Michelin, et bien d’autres moins connus.
C’est l’occasion de rappeler que de La Cagoule au Front-dit-National, nos fascistes locaux étaient et demeurent le Parti de l’étranger, et à plus d’une occasion un des derniers recours du grand patronat en lutte contre la démocratie sociale.

Comme dans toutes les grandes villes modernes, l’art de rue fleurit à Bologne sous diverses formes dont certaines encadrées institutionnellement, comme le CheapFestival :

Une des affiches du CheapFestival Une des affiches du CheapFestival

 

 

 

 

 

 

Une autre affiche du CheapFestival Une autre affiche du CheapFestival

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Affiche du CheapFestival de Bologne Affiche du CheapFestival de Bologne

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