Quelques mots argentins qui ne sont pas dans le dictionnaire de l'Académie

La vie quotidienne en Argentine vous fait découvrir des mots et expressions d'usage courant que le Dictionnaire de la Langue Espagnole (DLE) produit par l'Académie Royale Espagnole n'a pas encore intégrés

La vie quotidienne en Argentine vous fait découvrir des mots et expressions d'usage courant que le Dictionnaire de la Langue Espagnole (DLE) produit par l'Académie Royale Espagnole n'a pas encore intégrés bien qu'ils ne soient pas des néologismes de création récente (contrairement à 'bolsonarisacion', par exemple, un phénomène qui a hélas des chances de persister et qui pourrait donc bien intégrer le dictionnaire d'ici à quelques années).

arbolito (n. m.): changeur d'argent au noir opérant dans la rue (les feuilles vertes au bout des doigts des 'arbolitos' sont les dollars américains...)

bolonqui (n. m.): verlan argentin de 'quilombo' qui désignait à l'origine les villages clandestins où se regroupaient les esclaves marrons au Brésil (il existe aussi la graphie 'kilombo'; le mot viendrait d'un dialecte angolais désignant un lieu central de débat ou de fête dans les villages africains) par extension, 'quilombos' est devenu synonyme de 'bordel' dans ses deux acceptions de lieu de prostitution et de pagaille. La forme verlanisée ne s'utilise que dans ce dernier sens (« Con el tema del bono el gobierno ha armado un gran bolonqui esta semana »).

cala (n. f.): nom d'une variété d'arum dont les fleurs blanches sont utilisées ici pour fleurir les cercueils et les tombes (un peu comme les chrysanthèmes à la Toussaint chez nous). Son usage le plus courant se trouve dans l'expression familière « hay olor a cala » dont l'équivalent français serait « ça sent le sapin ». Cette expression familière n'est pas répertoriée par le DLE.

curro (n. m.): arnaque, combine, fraude ; d'où le verbe 'currar' (arnaquer) à ne pas confondre avec 'curar' (guérir).

mostachol (n.m.) [rayado]: utilisé tantôt comme dénombrable (« un plato de mostacholes ») et tantôt comme singulier collectif ('mostachol' écrit sur les paquets) qui désigne les pâtes cylindriques taillées obliquement que l'on appelle en bon français des 'penne [rigate]'.

patovica (n.m.) : videur de boîte de nuit ; brute épaisse ; homme de main.

quemo (n.m.): un minable, un moins-que-rien, une personne infréquentable socialement : « aca, si vos no tenés un celu importado ultimo modelo, sos un quemo » ; le DLE ne donne comme sens que « situation embarrassante » ; on voit bien le lien entre les deux, mais je ne saurais dire quelle acception dériverait éventuellement de l'autre.

yeta (n.f.): la malchance, mais aussi le mauvais sort jeté comme une malediction ; comme de nombreux mots propres au dialecte argentin (tels que 'feta' ou 'nona'), ce mot vient de l'italien ('gettatura').

Cela étant dit, l'ouverture du DLE aux variantes dialectales, à l'argot et aux acceptions spécifiquement latino-américaines des mots espagnols est digne d'éloge; on y trouve par exemple pour 'ñoqui' le sens spécifiquement argentin d'employé public bénéficiant d'un emploi fictif par l'effet d'une protection politique ou bien encore le très argotique 'yuta' (la flicaille).

Le DLE est cependant assez pauvre en formes abrégées courantes dans la langue orale; si on y trouve la 'peli' (de 'pelicula', film de cinéma) bien d'autres formes d'emploi courant à Buenos Aires comme 'bolu' (de 'boludo', crétin, imbécile), 'celu' (de [telefono] 'celular'), 'colé' (de 'colegio', mais aussi de 'colectividad': quand un Juif argentin parle de 'la colé', il désigne sa communauté), 'compu' (de 'computadora', ordinateur), 'deli' (de 'delicatessen', traiteur, mais aussi de 'delivery' livreur à domicile de pizzas, empanadas etc.) et bien d'autres.

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