Argentine: chamailleries paléo-péronistes

Le dinosaure péroniste Adolfo Rodriguez-Saa se rallie au tandem Macri-Pichetto

Il y a quelque temps, je vous entretenais de chamailleries au sein d'un des groupuscules paléo-trotskistes argentins. Aujourd'hui, il sera question de chamailleries politico-familiales paléo-péronistes chez les "puntanos" (nom des habitants de la province de San Luis).

Après Pichetto et quelques autres, c'est au tour d'Adolfo Rodriguez-Saa (72 ans), ancien gouverneur de la province de San Luis et un des derniers représentants de l'espèce (en voie de disparition depuis le décès de De La Sota) étiquetée "vieux caudillo péroniste de province", d'annoncer son ralliement à Macri.

"El Adolfo", comme on l'appelle là-bas, est surtout connu pour avoir eu la carrière présidentielle la plus brève de l'histoire argentine: 8 jours exactement autour de Noël 2001, en tant que président femto-intérimaire après le départ précipité du récemment décédé "Helicopter Man" Fernando De La Rua. Lorsque "El Adolfo" manifesta son intention de rester calife à la place du calife pendant les deux ans restant à courir jusqu'à la fin nominale du mandat de De La Rua, les autres poids lourds du péronisme néo-libéral de l'époque (Menem, Duhalde, Ruckhauf...) lui avaient immédiatement tiré le tapis sous les pieds et ce fut finalement Duhalde qui assura l'intérim.

Aux élections présidentielles de 2003, il avait obtenu 14% des voix, derrière Menem et Kirchner (qui était alors présenté comme l'homme de paille de Duhalde, et qui fut finalement déclaré vainqueur par jet de l'éponge, Menem renonçant à un second tour qui eût été catastrophique pour lui). En 2015, "El Adolfo" , s'était présenté à nouveau et avait glorieusement obtenu 1,6% des voix.  Il était donc sur le déclin depuis déjà quelques années.

Aux dernières élections provinciales, il avait perdu largement une bataille fratricide contre "El Alberto" avec qui il alternait habituellement à la tête de la province. Ces deux-là sont des descendants des premiers caudillos de San Luis, et les familles Saa et Rodriguez dirigent la province depuis le milieu du 19ème siècle...

Une de mes connaissances argentines m'a expliqué que la province de San Luis reste une des moins mal gérées du pays, les pots-de-vin sur les marchés publics y étant plafonnés à 10% (alors que cela peut atteindre 30% dans les provinces les plus corrompues comme le Chubut). Le mécanisme est simple et efficace: les gagnants des appels d'offre doivent effectuer un dépôt de garantie égal à 10% du montant du contrat... et ensuite "oublier" de récupérer ce dépôt à la fin.

Les kirchnéristes poussent des hauts cris et dénoncent Rodriguez-Saa comme un faux péroniste, mais je crois au contraire qu'il représente parfaitement le mélange d'opportunisme sans principes et de clientélisme dynastique qui constitue le coeur de la praxis péroniste provinciale (et pas que péroniste, du reste).

Pour Macri, l'impact électoral du ralliement de Rodriguez-Saa sera de toute façon symbolique, vu ce qui reste de potentiel électoral à "El Adolfo", dont le frère Alberto a du reste immédiatement annoncé son soutien à l'opposition représentée par Fernandez-Fernandez. On se croirait revenu au temps des Atrides...

J'attends maintenant de voir si Duhalde, ancien cacique péroniste de la province de Buenos Aires qui déteste cordialement Cristina Kirchner et Axel Kicillof, se décide à rallier Macri ou  à soutenir sinon publiquement au moins en sous-main la réélection de la gouverneure sortante Vidal contre Kicillof.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.