Programmes peu ou pas néo-libéraux pour l'enseignement supérieur et la recherche

Le groupe JP Vernant termine sa revue des programmes électoraux par ceux des candidats esquissant une approche plus ou moins critique de la politique néo-libérale suivie sous Sarkozy et Hollande. Les détails de la revue sont ici: http://www.groupejeanpierrevernant.info/

Peillon: M.Peillon émet des propositions louables sur les moyens et sur l’emploi scientifique, qui ont poussé d’autres candidats à s’y aligner. Ses propositions sont très semblables à celles faites par M. Hollande en 2012, promesses qui n’ont pas été tenues. On note la disparition regrettable des mesures de retour à la démocratie universitaire et aux libertés académiques. Sa proposition de mise sous tutelle du Commissariat Général à l'Investissement (CGI) et du programme des Initiatives d’Excellence (Idex) est sans commune mesure avec le changement de cap qu’attend la communauté universitaire. La critique est feutrée et la proposition en demi-teinte.
Montebourg: Comme M. Peillon, M. Mélenchon, et d’une certaine manière M. Fillon, M. Montebourg a le mérite de s’intéresser à l’Université et à la recherche. Le point saillant et consensuel du programme est indéniablement le budget, qui propose des moyens extrêmement conséquents et issus d’un chiffrage crédible, alignant les moyens donnés à l’Université sur ceux des grandes écoles et de leurs classes préparatoires. On note, sinon une vision, du moins une attention aux propositions, aux analyses et aux doléances issues de la communauté universitaire plutôt qu’à celles de la technostructure. L’absence de conseillers issus de la sphère gestionnaire dans l’environnement de M. Montebourg est, à notre sens, un point positif. Les propositions sur la formation des enseignants, sur la réparation des dégâts engendrés par la politique de regroupements, sur la réforme de l’orientation et du système APB, sur la modalité d’allocation des crédits de recherche, la politique culturelle et le soutien aux mathématiques et aux sciences, constituent des propositions originales qui démarquent ce programme de ceux recensés dans le premier billet.
Mélenchon: M.Mélenchon fait une campagne électorale dont la stratégie s’inspire directement des théories politiques de Laclau et Mouffe, ainsi que du mouvement Podemos. Cette théorie repose sur le constat d’une fragmentation du bloc hégémonique néolibéral et donc d’une période de crise (au sens gramsciste du terme). Partant de la défiance généralisée vis-à-vis des corps intermédiaires (partis, syndicats) et du “système”, vis-à-vis de ”l’establishment” et de l’”oligarchie”, cette théorie suppose que la création d’un nouveau bloc hégémonique passe par un dialogue direct, sans intermédiaire entre un homme et un peuple, celui-ci étant le vecteur d’unification d’une multitude de luttes disparates. M. Macron applique très exactement cette théorie à son populisme d’extrême-centre. On ne peut s’épargner la réflexion sur cette relation verticale.
D’autre part, par contraste, la construction du programme de M. Mélenchon a été, elle, horizontale et ouverte. Le programme est, comme celui de M. Fillon, celui de M. Peillon et celui de M. Montebourg, très clair dans sa vision et dans les politiques publiques qu’il propose. Ce programme combine des moyens, liés à une sortie des politiques d’austérité, un changement profond de la structure de l’ESR qui rompt avec l’ère néolibérale et s’apparente à une renationalisation, un changement profond du mode de financement de la recherche, un engagement vis-à-vis des buts de l’Université et des libertés académiques.

Le groupe JP Vernant conclut provisoirement son analyse ainsi: L’intérêt des principaux candidats pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche est très variable. Quatre candidats proposent une vision articulée et des perspectives claires, déclinées en propositions de politiques publiques qu’il est raisonnablement possible de mettre en œuvre : M. Mélenchon, M. Montebourg, M. Peillon et M. Fillon. Ils proposent une gradation entre un programme de rupture et un programme de prolongation par continuité de la politique suivie depuis 10 ans.

 

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